AU CHANT DE L'ALOUETTE
harm : Jacques Grindel

La plus grande partie des chants folkloriques du Canada dérivent des airs du folklore de l'ouest de la France. Ceux-ci furent transportés outremer par les protestants que chassait l'Edith de Nantes et qui émigrèrent dans ce nouveau monde colonisé par Champlain. Qui plus est, nulle part mieux qu'au Canada ne s'est conservée avec plus de pureté et de fraîcheur l'âme populaire de la France. Car aujourd'hui comme au XVlIle siècle, on y chante "la claire Fontaine", "Vole mon cœur, vole", "Cécilia", "Voici le mois de mai", "V'là le bon vent", etc...
Aussi la fleur gracieuse de la poésie populaire est-elle un témoin fidèle de l'attachement d'une population qui reste profondément attachée à la culture et à l'histoire de la France. Même jusqu'aux paroles qui ne sont point exemptes d'une gaucherie proprement canadienne, montrent une grâce et une légèreté qui ne sont pas sans nous émouvoir. La diversité des thèmes est toutefois beaucoup moins prononcée qu'en France, l'amour et les chants de la mer y étant surtout représentés. Au contraire, le sens symbolique des mots se rencontre très fréquemment et je songe ici notamment à "Voici le mois de mai".
AU CHANT DE L'ALOUETTE est précisément une de ces oeuvres au caractère symbolique très prononcé où, sous le couvert de la gent "volaille" se cache une délicatesse de sentiments vraiment très sensible.
D'ailleurs ne pourrait-on placer en exergue la citation suivante:... et ceci se passait dans les temps très anciens, quand les bêtes parlaient...
L'origine de ces chansons relatives aux amours d'animaux se perd dans la nuit des temps, à l'époque à laquelle, pourrait-on dire, les hommes vivaient comme sur un plan d'égalité avec les autres bêtes de la création. D'ailleurs, on sait la place que tiennent les contes d'animaux dans la littérature orale de tous les peuples primitifs et l'étroite parenté de ces récits au cours des temps et dans tous les pays. Le sujet se trouve traité avec une variété infinie dans des milliers de chansons de toutes régions.
La mélodie - une petite merveille de grâce et de légèreté - montre ici que l'inspiration populaire peut réaliser - avec cinq notes seulement - une perfection artistique à laquelle bien rares sont les musiques savantes qui y parviennent.
Aussi doit-on se garder, au cours de l'exécution de ce chant, de changer le timbre et l'intensité de la voix, tout en nuançant l'expression pour mettre en relief le pittoresque du récit.
Paul SARTIAUX.
in "Viens t'en" - octobre 1974