ALTA TRINITA BEATA

Alta Trinita Beata est d'une souveraine beauté.

Il s'agit originellement d'une oeuvre monodique avec des paroles en langue vulgaire - ici la langue italienne - habillée harmoniquement à la fin du XVe siècle par un musicien anonyme. Ces caractéristiques sont celles des "Laudi spirituali" qui jouèrent un rôle prépondérant à plusieurs reprises dans l'histoire de la musique.

Les "Laudi" remontent au XIIIe siècle. Ils furent l'une des plus pures floraisons de la spiritualité franciscaine principalement en Ombrie. Issus de la monodie liturgique, ils s'ornèrent rapidement de la plus belle des polyphonies. Cette forme d'expression musicale, qui est une forme expressive, va trouver avec Saint-François d'Assise et le développement de sa congrégation, un terrain extraordinairement propice à son élargissement, cette fois, en langue vulgaire. Cette première floraison de "Laudi" aux XIIIe et XIVe siècles ont tous un caractère narratif et personnel. On trouve dans une trés grande partie d'entre eux des scènes dramatiques qui feront naître rapidement le premier théâtre italien en langue vulgaire que fut la "Représentation sacrée".

Une seconde floraison de "Laudi" est liée dès sa naissance, dans la seconde moitié duXVIe siècle, au développement de l'Oratoire de Saint Philippe de Neri. A cette époque, il est naturel que ces hymnes soient chantés à plusieurs voix. De plus la facture particulière de ces "Laudi" est l'élément "dialogue" qui va se généraliser, se perfectionner et donner ainsi naissance à un genre nouveau "l'Oratorio". Il appartiendra en effet à Emilio de Cavalieri de transformer les réunions pieuses de l'oratoire romain en une sorte de concert spirituel où il donnera la premièrereprésentation de son "De anima e de corpo" en 1600.

D'une manière générale et nous revenons ici à Alta Trinita Beata, les "Laudi" sont liés très profondément aux traditions populaires italiennes. Ce peuple est sensible à la caresse d'une inflexion vocale tendre ou enjouée et son goût - je dirai-sensuel - du chant monodique. Nous sentons cette vérité dans la mélodie où l'on se rend compte que les "laudi", au même titre que la Frottola ou la Villanelle, représente l'aimable appel du genre populaire.

Je voudrais pour terminer appuyer fortement sur le fait qu'il y a dans ce répertoire une richesse de matière qui pourrait fort bien venir au secours du chant commun actuellement adapté dans l'Eglise Catholique Romaine. Car, à la fois populaires et religieux, les laudi stranscendent - et de combien - tant de productions actuelles qui s'essoufflent, sans grand résultat, à nourrir le renouveau liturgique de ces dernières années.

Paul Sartiaux
1968