Témoin de
César GEOFFRAY
par André Dumont
Parmi d'autres, de moins en moins nombreux au fil des ans, j'ai eu le privilège de côtoyer César GEOFFRAY.
N'étant pas chef de cheur mais choriste, c'est au cours de répétitions chorales et d'ateliers que j'ai découvert le musicien dans toute sa rigueur et le magnétisme qu'il suscitait, tant sa personne était attachante. Comment oublierle doigt pointé, le bras levé, L'œil perçant sous le sourcil broussailleux, la moue dubitative ou le sourire engageant ?
Cette image toujours présente de l'homme "debout, droit devant" s'associe dans mon souvenir à d'autres visages tout aussi présents, les compagnons de route de César: Oriol MARTORELL, Gottfried WOLTERS, James WILD, Nicolas RUFFIEUX, figures marquantes de l'Europe chorale du XXe siècle.
Mes connaissances musicales étant limitées, je n'ai pu suivre le maître dans son enseignement, si ce n'est sa pédagogie qui dépassait la technique et qui s'adressait aussi bien aux candidats chefs de cheur qu'aux auditeurs choristes.
Par contre, mes responsabilités présidentielles en A Cœur Joie Belgique et la construction d'A Cœur Joie International ont favorisé de nombreuses rencontres au cours desquelles César était omniprésent. Toutefois, je le sentais loin de nos préoccupations statutaires et administratives; César ignorait superbement les structures et laissait à ses proches le soin de les agencer.
Maniant la langue française avec délectation, César était un pélerin fort sollicité, ignorant les frontières, oubliant parfois qu'au-delà de l'Hexagone d'autres langues étaient pratiquées. Il lui a été reproché d'ailleurs d'adapter des textes français sur des harmonisations qu'il aimait faire chanter. Dans les jurys internationaux où il siégeait, il était parfois déconcerté par une langue qui le déroutait,
tout en restant curieux de ses découvertes.
César GEOFFRAY était un humaniste. Habité par la polyphonie, il avait le souci constant de maintenir les valeurs essentielles de la vie au-delà du simple exploit technique. Dans le respect des convictions personnelles de ses interlocuteurs, il souhaitait partager un optimisme créatif. Ouvert à tous, il faisait chanter tout en rendant se schoristes curieux et sensibles à l'art sous toutes ses formes.
Autour d'une bonne table, César était insatiable, débordant de culture, d'aventures et de rires. Le temps alors n'avait plus de prise sur cet homme bâti pour l'éternité. Mido à ses côtés complétait les souvenirs, rectifiait quelques dates, précisait les lieux et les circonstances, écoutant ravie, comme si elle découvrait les tranches de vie qu'elle avait partagées à ses côtés. Beaucoup de textes ont été écrits par César autour des événements qu'il a vécus: ses maîtres à penser, ses engagements philosophiques, sa musique et son enseignement pratique du chant choral, fruit d'une longue expérience. D'autres ont écrit sur la vie de César, son charisme, ses œuvres, son rayonnement, des étudiants lui ayant consacré leur mémoire universitaire.
Je supporte mal ceux qui se réfèrent à César pour étayer leurs critiques sur le mouvement A Cœur Joie, ou s'inquiètent d'une certaine "Césarophilie". Témoigner, ce n'est ni s'approprier, ni s'identifier au modèle. Ce n'est surtout pas prendre des références subjectives pour justifier un point de vue personnel. Comment peut-on pousser l'outrecuidance en prétendant confondre César avec le passé! Transcendé par le jaillissement choral que nous vivons aujourd'hui, César serait à coup sûr parmi les précurseurs du monde polyphonique. Amoureux de la matière, de la plume, de la partition manuscrite, il ne serait sans doute pas devant un écran Internet, mais je n'ose l'affirmer.
Pourquoi faudrait-il que tant d'expériences vécues se taisent à jamais? Témoigner, c'est perpétuer la vie, c'estprendre conscience de l'héritage de notre civilisation pour sauvegarder de génération en génération ses valeurs impérissables. Les hommes en sont les acteurs obligés.
Que cette année 2001, consacrée au souvenir, au message et à l'œuvre de César GEOFPRAY suscite de nos jours et en
d'autres temps, de nouvelles vocations, qui porteront témoignage du miracle quatidien de la vie, du rôle universel de la polyphonie et de l'amour de la terre des hommes.
André DUMONT
Chœur Magzine - Février 2001