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écrits par Marc Ronvaux

Chante Wallonie

Fresque sur des chants traditionnels et populaires wallons

pour soprano, ténor, choeur et orchestre

de

Bernard LALLEMENT

à la mémoire de mon ami Paul SARTIAUX,
instigateur opiniâtre et patient de cette suite wallonne, qu'il ne pourra pourtant entendre désormais que dans l'auditorium secret où il s'est retiré pour toujours le 25 août 2000.

Bernard Lallement

Remerciements et avertissement

Venant de mettre le point final à « Chante Wallonie », il me tient à coeur de m'acquitter de trois agréables devoirs.

Le premier est d'exprimer ma gratitude aux responsables d'A Coeur Joie Belgique pour la confiance qu'ils m'ont témoignée en me demandant de réaliser à l'intention des chorales de la Fédération Chorale Wallonie-Bruxelles l'équivalent de ce que la « Petite suite québécoise » et la « Cantate pour l'Acadie » sont, par exemples, pour les choristes de l'Alliance des Chorales du Québec et ceux d'A Coeur Joie Canada.

Je veux ensuite remercier chaleureusement deux de mes amis musiciens, le pianiste Bruno Gousset et l'accordéoniste Sylvain Bobet, d'avoir accepté de superviser respectivement la partie de piano et d'accordéon de cette partition, voire de réaliser à ma demande l'arrangement pour ces deux instruments de quelques passages bien précis. Dire également ma reconnaissance à M. Dieudonné Evrard, qui a su allier urgence et méticulositétout au long de son énorme travail de gravure.

Il m'importe enfin de confesser que j'ai délibérément utilisé à plusieurs reprises des accompagnements de piano déjà écrits par des musiciens tels que Ernest Closson, Louis Canivez, J.-Théodore et Charles Radoux, Pierre van Damme, Désiré Prys, Eugène Micha ou Marcel Vansippe.

Je ne l'ai pas fait par sordide esprit de pillage ou de plagiat, mais bien plutôt - la partition étant spécifiquement consacrée à la Wallonie - dans l'intention de rester le plus proche possible du style très particulier d'écriture qu'inspiraient à ces accompagnateurs les mélodies et les textes des chants populaires de leur propre pays ou des chansons en vogue dues à la plumede paroliers wallons, qu'ils soient anciens ou plus contemporains ( H. Monpou, Nicolas Defrécheux, Émile Wiket, Gaston Talaube, 0l. Lebierre, Arille Wasterlain, etc.). De plus, si l'on veut bien pardonner cette outrecuidance à un Français de Paris se mêlant de ce qui ne le regarde pas, il ne me déplaisait pas de rendre du même coup hommage à quelques-uns des musiciens wallons ayant bien servi leur folklore et mérité pour cela la reconnaissance de leurs compatriotes.

Un dernier mot pour ajouter qu'il m'a paru indispensable - à tout seigneur, tout honneur! - de faire une place ne serait-ce qu'à deux au moins des plus grands maîtres de l'histoire musicale de la Belgique: Roland de Lassus, dont on entendra intégralement l'humoristiquechanson « Fuyons tous d'amour le jeu », et André Modeste Grétry, se demandant « Où l'on peut être mieux qu'au sein de sa famille ».

Bernard Lallement


OUVERTURE

Argument

Sur l'air du célèbre canon « Un gai luron des Flandres » qui l'accompagnera tout au long de sa randonnée, un gai luron de France - très précisément de Fontenay-aux-Roses, charmante petite cité fleurie proche de Paris -, a décidé d'aller à la découverte de la Wallonie.

Il I'aborde par le Nord de la France, puis par l'Ardenne wallonne, ce qui lui fournit l'occasion d'entendre au passage et de retenir quelques bribes de chants traditionnels de la Flandre française [ tels que « Passant d'vant l'marché aux poissons », le « Chant des corsaires » et « Ali, Alo pour Maschero » ], célèbres dans le port de Dunkerque, ou encore, en traversant la ville de Lille et le Tournaisis, I'incontournable « P'tit Quinquin » de Desrousseaux ...

Soudain, une musique pataude à souhait, ponctuée par les rots comiques d'un rommelpot, vient amuser ses oreilles: c'est celle de la « Marche de Goliath et de sa femme », couple de géants du pays d'Ath et du Hainaut; plus loin, I'effrayant « Chant du Reuze », rappelle à notre promeneur que, dans sa propre ville, la même tradition que dans la France du Nord, en Hollande et en Belgique, faisait autrefois résonner dans les rues de Fontenay-aux-Roses une « Marche de la géante Rosine » due à la plume d'un certain Baptiste Cambray.

Ravi de cette coïncidence, qui lui révèle l'existence de liens anciens et insoupçonnés entre le Nord de son pays et sa propre ville de Fontenay, il poursuit sa route, franchit l'Ardenne wallonne en passant par Limerlé ( où il surprend une coquine petite ronde enfantine intitulée «Les oignons sont bon marché » ), et le voici enfin au seuil de la Wallonie ...

Là s'arrête l'Ouverture.

A partir de maintenant, au travers de plusieurs des plus beaux chants anonymes et traditionnels de ce pays ( ou de compositions signées, mais devenues très populaires ), notre voyageur va tour à tour découvrir la Wallonie sous les trois principaux visages que lui a façonnés son histoire, marquée par plusieurs siècles d'incessantes épreuves, semées à profusion par la guerre et par la misère, mais caractérisée tout autant par les sursauts de vitalité débridée qu'elles provoquent toujours en réaction chez ce peuple indomptable et courageux.

Ces trois visages, que chercheront à évoquer successivement les trois mouvements de cette fresque folklorique chorale se nomment « Wallonie, Terre de Bataille », « La Wallonie en peine » et « La Wallonie en liesse ».



PREMIER MOUVEMENT

Wallonie, Terre de bataille

Argument

Véritable carrefour des guerres qui jalonnent l'histoire de l'Europe, la Wallonie n'a cessé d'être un vaste champ de bataille arrosé par le sang des multiples armées qui se sont donné rendez-vous sur cette terre pour s'y affronter sans merci, en ravageant au passage le théâtre de leurs exploits.

Rien d'étonnant donc à la profusion de chants se rapportant à la guerre, depuis le départ du conscrit jusqu'à son retour, en passant par les chaudes échauffourées, les sièges affameurs et les cruelles occupations soldatesques.

Ainsi entendra-t-on successivement dans ce premier mouvement, soit intégralement, soit sous forme de simples citations rapides, les chants dont voici les titres et la provenance:

Rien de surprenant non plus à ce que soit né dans le coeur des Wallons un farouche patriotisme local et un amour fervent de la paix, qu'illustrent autant d'hymnes régionaux que la Wallonie compte de grandes villes, soit, principalement:
Valeureux Liégeois (chant de la révolution liégeoise, Hymne de la Ville de Liège)

Enfin, au-dessus de tous ces chants, résumant et sublimant en quelque sorte ces diverses fiertés régionalistes en une unité musicale où s'exprime le sentiment d'une communauté de destin, les derniers accents du « Chant des Wallons », récemment adopté par Décret comme Hymne Régional Wallon, viennent martialement conclure ce premier mouvement.


DEUXIEME MOUVEMENT

La Wallonie en peine

Argument

Inconsciemment déposée au tréfonds de l'âme des habitants de pays sans cesse en butte à l'adversité, il y a, dirait-on, une « culture du malheur », comme il y a, chez ceux qui vivent sous des cieux toujours ensoleillés et épargnés, une « culture du bonheur et de l'insouciance ».

A l'instar, par exemple, de la persécution des colons français en Acadie jusqu'à leur déportation finale, qui a marqué d'une manière indélébile le folklore acadien, le cortège ininterrompu de conflits et de misères de toutes sortes qui ont accablé pendant des siècles cette région de la Belgique a engendré en Wallonie un nombre considérable de poésies et de chansons où l'inspiration populaire semble se complaire dans un registre allant du sentimental plus ou moins larmoyant au tragique absolu des plus abominables faits divers.

On suivra cette progression en écoutant les chansons énumérées ci-dessous, de plus en plus déchirantes jusqu'à atteindre le point où la désolation culmine dans le véritable thrène populaire qu'est la célèbre chanson « Leyiz-me ployer ! » :

Mais, là encore, le robuste équilibre naturel du Wallon et son humour ne tardent pas à prendre le dessus, car le voici chantant maintenant le bonheur tout simple d'aimer et d'être aimé sur l'air charmant de la chanson liégeoise « Voici le joli mois d'avril », ou se moquant, par la voix du plus prestigieux de ses musiciens, le montais Roland de Lassus, des pièges brûlants de l'amour des dames ( « Fuyons tous d'amour le jeu ! » ).

Mais le voici surtout sous les traits qui le caractérisent essentiellement et le rendent si proche de ses voisins de la France du Nord: la tendresse et son amour profond de la vie de famille. Ecoutons-le chanter, pour nous en convaincre, les quatre derniers titres de ce deuxième mouvement:

Ce n'est plus « la Wallonie en peine », mais enfin, dans sa plus profonde intimité et avec une magnifique expression Iyrique, « la Wallonie en paix ».


TROISIÈME MOUVEMENT

La Wallonie en liesse

Argument

Après avoir découvert la Wallonie patriotique, puis la Wallonie sentimentale, il est temps que notre voyageur rencontre maintenant une Wallonie plus conforme à l'idée ( peut-être trop reçue d'ailleurs ? ) qu'il s'en faisait en entreprenant son périple: celle d'un pays dont les habitants, portés par leur vraie nature profonde à la joie de vivre et à la truculence, s'attablent volontiers avec des amis devant de copieux godets de bière blonde ou brune, remplissant l'estaminet de sonores éclats de rire provoqués par un répertoire jamais épuisé de bonnes histoires et de chansons solidement gaillardes ! Bref, de découvrir enfin « la Wallonie en liesse ».

Regardons la d'abord AU CARNAVAL, fidèle aux rendez-vous de ses grandes coutumes, telles que le défilé des Gilles de Binche, la sortie annuelle du dragon local à Mons « El doudou », la kermesse de Jemappes avec la promenade burlesque à dos d'âne deshommes récemment mariés « Les Durmenés », la célèbre fête populaire du pays de Charleroi « La Ducasse du Bos », ou encore, les deux premiers dimanches de Carême en Pays Borain, lors de l'allumage de grands feux et du jet de brandons enflammés dans les arbres des courtils « L'Escouvion ».

Ecoutons la maintenant AU CABARET, entonnant l'une après l'autre quelques-unes de ses plus viriles chansons à boire :

entrecoupées d'airs à danser (polka, scottish, matelote, valse, etc.) ou de chansons invitant à aller chercher au bal d'autres plaisirs:

sans oublier les deux chansons satiriques affectueusement anticléricales et, par conséquent, connues de tout Wallon bien né, que sont

Le BAL FINAL peut donc commencer, suite de sept crâmignons liégeois enchaînés jusqu'à la fin du mouvement sans laisser à personne - aussi bien aux chanteurs et aux musiciens qu'aux auditeurs eux-mêmes - le moindre instant pour reprendre haleine, et dont les titres sont :

Sur ces airs joyeux et bondissants s'achèvera cette suite chorale wallonne.

Elle aurait pu se prolonger afin de refléter un autre aspect important du visage de la Wallonie, mais tout un quatrième mouvement eût été nécessaire pour faire entendre les magnifiques noëls, cantiques, chansons et légendes religieuses que l'on trouve en si grand nombre dans le folklore wallon.

Qui sait ? Peut-être un autre musicien se chargera-t-il de le composer.

Bernard Lallement
Fontenay-aux-Roses
26 décembre 2000

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