La terre en friche
Premier camp pour les Chanteries (1971)


C'est à la venelle N.-D. des Champs à Louvranges, au cœur du Brabant Wallon que nous avons tenté la première expérience d'un camp pour les chanteries de Belgique.
Nos amis Chardome battirent le rappel du camp qui fut décidé pour ce juillet. Tout fut mis en place... et il fallait refuser du monde.

Introduire d'emblée, dans la direction du camp, ce brin de fantaisie dont habituellement on couvre son cheminement est une heureuse méthode qui permet de déceler, dans la nature des réactions et surtout des prises en charge volontaires le domaine où chacun se complaît et promet d'exceller.

Ainsi Marie-Thérèse Theis et Geneviève Lallemand se révèlent-elles, par grâce de nature, porteuses d'une musique communicative; Brigitte Menier et Pascal Chardome ouverts à la création; Yvan Petit omniprésent mais surtout pédagogue d'une efficace sobriété; Marie-Renée Chardome gestionnaire talentueuse ; Jean Nickel prisonnier volontaire de la cantine et des yeux bleus de sa cantinière; Marie-Josée Goossens, les demoiselles de Mouscron...; Anne Vanderstraeten du pas de deux; Monique Wolter passionnée d'Orff et passionnante; le foyer-servant des Meesters... et par dessus tout ce monde: Raymond promenant en laisse et sans sourciller, son sourire, sa guitare, ses chapeaux en paille de riz, sa présidence, son chef de camp et... Marcel Corneloup ! Au demeurant, père tranquille et cheminard des chanteries de Belgique.


Proposer à l'atelier "La petite fille sage" de Poulenc eût été une gageure il y a deux ans. A Louvranges, Marie-Thérèse Theis s'en est emparée et nous avons tous vécu, enfants, instructeurs, parents, avec un ravissementconstant, la pureté d'exécution et la grâce gentille de ce chef-d'œuvre d'innocence de la musique française, offert par des enfants qui se laissaient porter avec délices à des sommets de beauté qu'ils n'avaient pas encore eu le privilège d'atteindre ou de pressentir. Les ateliers musicaux du matin (chant choral, flûtes à bec, instrumentation Orff et méthode Corneloup) faisaient pendant aux ateliers créatifs et d'expression corporelle de l'après-goûter (marionnettes, danse, préparation de veillées). Tous les enfants participaient, selon leur choix, à un atelier de chaque discipline générale complémentaire de sa pendante, l'atelier de base "Corneloup" s'adressant de préférence, à l'ensemble des enfants.

Au dernier jour du camp, selon un astucieux système d'équipes et de distribution de notes musicales étalé sur la période et mis au point par Marie-Thérèse Deboever, les enfants furent amenés à composer une courte mélodie, tâche pour laquelle ils mobilisèrent flûtes, dispasons et vibraphones, les plus débrouillards d'entre eux mettant à contribution un camarade de Conservatoire pour la technique d'écriture.

Extrait d'une lettre de
René Wintjens
Responsable du camp.

"Viens t'en" n° 27 - septembre 1971