1974

Ce qui frappe d'abord le témoin intéressé c'est le point d'équilibre extraordinaire entre la joie, la spontanéité et la rigueur, les exigences culturelles fondamentales. Les tenues sont aussi variées que possible, les cheveux et les barbes foisonnent mais sans laisser-aller. Les milliers de choristes "A Coeur Joie" qui viennent ici, tous les trois ans, passer dix jours sont en vacances, mais d'abord pour satisfaire leur besoin profond de chanter ensemble. Et pas n'importe quoi. Je n'ai rien contre les "chansons d'étudiants", mais ici il s'agit de tout autre chose: les polyphonies de la Renaissance, les grands classiques, les chants populaires harmonisés avec fraîcheur et talent. Bref, de la vraie musique, de la musique vivante.
Une grande fête
Est-ce un festival ? Sans doute, dans l'acception première du mot: une grande fête. Mais un festival qui n'est absolument pas comme les autres. Car ici on est acteur et auditeur tout uniment. Comme le disait Marcel Corneloup, nouveau président du Mouvement "A Coeur Joie", il s'agit "d'abord d'une rencontre chorale où tout le monde vient faire de la musique ". Et le public non-choriste en vient à chanter lui-même, comme naturellement.
Pour la huitième fois
Les choralies ont donc lieu tous les trois ans. L'édition 74 est la huitième. Que de chemin parcouru, à tous points de vue ! César Geoffray, fondateur du mouvement "A Coeur Joie" et créateur des choralies de Vaison souhaitait que les participants de la première manifestation fussent mille ! Ce mouvement choral a pris une singulière extension (il y a plus de 1.000 choristes ACJ rien qu'en Belgique!) mais les exigences des infrastructures imposent certaines limites. D'autre part, auditeur attentif depuis longtemps, je perçois un sensible progrès dans la qualité des ensembles. Cela s'explique: si beaucoup de jeunes sont amenés à quitter le mouvement ACJ pour des raisons diverses, bien plus nombreux sont ceux qui y restent attachés à l'âge mûr. Cette permanence est bénéfique, on le conçoit aisément, et là sans doute se trouve la raison du degré de perfection auquel on atteint, outre les progrès de la pédagogie musicale, fruit d'une large et très ouverte expérience.
L'ombre de César Geoffray
Les Choralies de 74 sont les premières qui se tiennent sans César Geoffray, mort voici deux ans. Marcel Corneloup, qui était déjà son second, a repris cette lourde succession avec une autorité souriante. Mais le souvenir de celui qui a tant fait pour une véritable culture musicale populaire domine encore cette rencontre. La municipalité de Vaison a fait sa part: une rue porte dorénavant le nom de celui dont la gentillesse, le talent, l'obstination ont permis cette création étonnante. Car si les Choralies sont une explosion triennale à laquelle on se rend "comme à la Mecque", disait quelqu'un, c'est d'abord la confrontation fraternelle de tant d'heures et d'heures de travail obscur, exigeant, acharné aux quatre coins de France, en Belgique, en Afrique du Nord, au Canada...
Quand on aura amené les couleurs des choralies qui flottent sur le donjon du château des comtes de Toulouse, face à la ville de Vaison, quand les milliers de choristes auront quitté la petite cite provençale pour rejoindre leurs foyers, quand les lampions de la place Montfort seront éteints et que le chant des grillons emplira à nouveau les tièdes nuits, on pensera aux choralies prochaines, mais tous ceux qui auront vécu celles-ci conserveront au coeur un peu plus de joie.
Paul Pierre
in "Viens t'en" n° 39 - octobre 1974
Nous étions
plus de 300 belges
aux CHORALIES
de VAISON-LA ROMAINE
... et je crois que le mot qui résumerait le mieux l'impression générale donnée par cette robuste délégation est la participation.
Avec la Région de Bruxelles animée par Raymond Schuermans présentant un excellent Requiem de Gabriel Fauré dans l'antique cathédrale romane de Vaison sous la direction de René Defossez, une centaine de namurois sous la houlette de Manu Poiré et de Jean-Marie Evrard dont la participation à la journée folklorique sur le thème de la Chanson a été particulièrement brillante.
Sans oublier naturellement la présentation à cette même journée de chorales individuelles telles que la Boîte à Chansons dans son illustration de "A la Saint Médard" et de la Clé des Chants avec ses "Saltimbanques" plus vrais que nature.
Paul Moors régnait sur le Chant commun à St. Quenin, à l'Église haute et au Théâtre Romain.
On retrouvait les belges dans tous les ateliers où se préparaient, se fignolaient de grandes oeuvres ou simplement on se rassemblait pour le plaisir de chanter ensemble et les cigales improvisent certainement encore sur les thèmes de l'excellent concert de la Psalette de Bruxelles.
Roger DE SMEDT
in "Viens t'en" n° 39 - octobre 1974
Admirable Requiem de Fauré,
l'un des plus beaux
succès d'interprétation.
Au milieu de ce rassemblement international de choristes auquel tout Vaison participe, trois nations se sont unies pour interpréter sous forme de concert l'incomparable Requiem de Gabriel Fauré. Ce qui prouve que, contrairement à une opinion répandue à l'étranger, l'écriture de Fauré n'est pas assimilable seulement par des Français.
Vendredi à la cathédrale (d'ailleurs trop exiguë une fois de plus), les choristes de Bruxelles étaient soutenus par l'orchestre de chambre de Poitiers et appuyés par les cuivres des élèves musiciens de Leicester. Les soli étaient chantés par France Simard, soprano, et Jean-François Fabe, baryton.
Pour cette messe sans lamentations grandiloquentes qui chante la mort avec tristesse mais sérénité, les choeurs belges ont su trouver une émouvante délicatesse qui ne diminue en rien, bien au contraire, l'aristocratique grandeur de l'oeuvre.
C'est précisément une haute tenue spirituelle que Maître René Defossez a littéralement imposée à son ensemble comme à son auditoire par d'amples mouvements mélodiques glissant progressivement vers un point d'orgue infini.
L'auditoire a décerné à ce Requiem et à ses interprètes l'un des plus beaux triomphes des des Choralies. A juste mérite, juste succès.
Roland BASTIEN
in "Viens t'en" n° 39 - octobre 1974