La Guitarelle de Rixensart
chante depuis un demi-siècle
50 bougies en l'église St Nicolas
de La Hulpe
(1999)
20 heures sonnent en ce samedi 20 novembre 1999. Impossible d'entrer sans carte d'accès achetée en prévente: un concert "à bureau fermé". Le carré des "anciens" de la Guitarelle venus en masse est impressionnant ! Au premier rang de ce carré, on remarque la présence de l'épouse de Raymond Chardome, fondateur de la Guitarelle. Non loin d'elle, Madame Herzet, bourgmestre de Rixensart, paraîtra conquise par la qualité des prestations.
Ce succès acquis avant même l'émission de la première note est à mettre à l'actif de tous les choristes de la Guitarelle. Sous la conduite de quelques "têtes pensantes", il se sont organisés de longue date pour donner à cet événement exceptionnel tout l'éclat souhaité et pour fêter comme il se doit leur chef dans sa dernière prestation à leur tête. Rien n'a été laissé au hasard: un magnifique programme de séjour pour la chorale invitée de Winterberg (Allemagne), un accueil chaleureux de l'Ensemble Vocal de Namur, un rappel minutieux de tous les anciens, une campagne percutante d'affichage, un "après concert" réglé dans les moindres détails, un hommage vibrant à leur chef, bref un travail de fourmis qui a porté ses fruits et qui pourrait inspirer bien des organisateurs de concert.
Le programme éclectique choisi par Franz Castin est constitué de quelques-uns des plus beaux chants de la Guitarelle. Le premier morceau, "Delà la rivière", ronde d'enfant harmonisée par F.A. Gevaert est chantée avec beaucoup de fraîcheur. Epinglons quelques moments forts. "Notre sentier" de F. Leclerc dans une harmonisation de Franz lui-même est enlevé d'alerte façon. Le très bel extrait de l'oratorio "Elias", "Siehe, der Huter Israels" est interprété avec toute la ferveur romantique qui sied à son compositeur F. Mendelssohn. La pianiste, Véronique Morimont, parvient à rendre au mieux le soutien que doit apporter l'accompagnement d'orchestre. Toujours dans la veine romantique, dans un trés bel arrangement de Ph. Caillard, la Guitarelle donne, dans une interprétation très soignée, la "Chanson de Solveig" extrait de Peer Gynt d'Edvard Grieg. Dans l'introduction, toute de virtuosité, Véronique donne immédiatement le caractère de l'œuvre suivante, le "chœur des nymphes" de G. Rossini: une chanson d'amour interprétée tout en finesse, une véritable dentelle musicale dans un mode primesautier.
Pour répondre aux ovations nourries du public, Franz propose en "bis" un "tube ACJ" dont il confie la direction à l'une de ses choristes, Anne Lecloux (famille très active au sein de la Guitarelle): un"Méli-Mélo" endiablé auquel se joignent avec plaisir les anciens.
Dans un mouvement tournant très bien orchestré des trois chorales, l'Ensemble Vocal de Namur succède, sans temps mort, à la Guitarelle et débute avec l' "Ave Verum" de Gounod, interprété tout en nuances. Les choristes font preuve de maîtrise dans une composition savante, un "Ave Maria" de J. Busto et donnent une version très intimiste de "Sweet and low" de J. Baraby. "The Lily of the valley" de W. Whalum met en valeur de belles voix de ténors et de sopranes. "Te quiera", chant révolutionnaire argentin de A. Favero termine sur un rythme très allant avec un beau solo de soprano. En "bis", l'Ensemble Vocal donne la fugue tirée du Magnificat de J.S. Bach, "Psallite Deo" (texte original: "Sicut locutus est".
Le mouvement tournant se poursuit et donne au "Sängerkrans 1877" de Winterberg (Allemagne) - oui, vous avez bien lu "1877", soit 122 ans d'existence l'occasion de présenter au public quelques classiques du répertoire allemand, mais c'est dans l'interprétation des "negros" que ce groupe se montrera le plus brillant.
Avant de réunir les trois chorales, Franz prononce quelques mots, annonce son départ et présente son successeur, Dominique Anglaret. Puis il passe la parole à Madame Raymond Chardome; très émue, elle évoque les premiers pas de la Guitarelle sous la houlette de son mari puis rappelle une série d'anecdotes amusantes qui ont émaillé les cinquante ans de la chorale.
Pour terminer le concert, les trois chefs se partagent la direction de quelque 135 choristes. Comme pièce finale, Franz a choisi une œuvre qu'il affectionne particulièrement: le motet à huit voix "Richte mich, Gott" de Mendelssohn qui lui permet de clôturer le concert en apothéose.
La fête ne s'arrête pas là et tout le monde se retrouve à la salle du Génival dans une ambiance euphorique. Le bar et le magnifique buffet sont ouverts. Par petits groupes, on commente le concert et l'on réécrit l'histoire de la Guitarelle. Les cordes vocales sont encore sollicitées. Dans un coin, Paul Jacquet, ancien chef, entonne les classiques ACJ. Peu avant minuit, le silence est requis: sur l'air "Notre sentier", la Guitarelle chante pour son chef quelques couplets humoristiques du meilleur cru. Puis une choriste exprime avec beaucoup d'émotion toute l'amitié et la gratitude des choristes pour Franz. Un gâteau géant, confection maison, est apprécié de tous.
10 ans après sa fondation, la Guitarelle adhérait au Mouvement "A Cœur Joie" qui venait de naître en Belgique. 10 ans, c'est aussi le laps de temps que Franz a passé à la tête de la chorale. Il va pouvoir dorénavant profiter pleinement de ses weed-ends mais n'en oubliera pas pour autant "A Cœur Joie" puisqu'il reste à la tête de la "Psalette de Bruxelles" et qu'il ira retrouver son grand ami Georges David au sein de l'Ensemble Vocal de Namur.
J. Chantais
in "Chœur magazine - février 2000