25e anniversaire
A Cœur Joie Belgique
A Cœur Joie à travers
la langue française
A Cœur Joie est présent partout où l'on parle la langue française. La polyphonie bien entendu, mais la langue française aussi et pour beaucoup, ont contribué au développement de notre Mouvement. Si la polyphonie est un moyen de communication remarquable entre ceux qui chantent il est évident que son support linguistique joue un rôle considérable. César Geoffray fut un ambassadeur de l'expression française Les premiers recueils "Chants de plein air", "Chants de liberté", "Chants de marins", "Noëls", etc... furent des publications en langue française. Il n'hésitait pas à adapter dans notre langue des polyphonies étrangères qu'il découvrait et à nous les faire aimer à travers la langue qui l'unissait à nous. Il est d'ailleurs significatif de songer que le premier chœur, celui que nous gardons comme le symbole d'A Cœur Joie
"La Belle Aurore", est une ballade écossaise. Nous n'avons aucune idée du texte original mais nous connaissons tous comme s'il avait toujours existé le texte français: Vous ouvrez vos yeux charmants et la nuit s'achève. Si, avec les mêmes jeunes gens et jeunes filles, avec le même César Geoffray, dans un souci de vérité musicologique le texte avait été en anglais, il n'y aurait jamais eu de Mouvement A Cœur Joie. Il est sûr que la langue française a été le "liant" des premières heures même si, plus tard, nous avons éprouvé le besoin de chanter dans les langues originales. Mais que de joies ne nous a pas données cette langue ? Je pense au "Bateau qui s'endort", je pense à certaines pages contemporaines de Distler, de Heinz Lau que nous n'aurions jamais chantées sans le support de notre langue qui en fit un patrimoine nouveau pour toutes les communautés de langue française dans le monde. Qui donc, d'ailleurs, en France, en dehors d'A Cœur Joie, chante ces pages ? On ne redira jamais assez le rôle musical de notre langue dans la vie A Cœur Joie. Je ne parle pas uniquement de son rôle de communication. Je parle aussi de son pouvoir expressif, de sa beauté polyphonique par les nuances qu'elle exprime, par la richesse de ses images. Les polyphonistes du XVIe siècle le savaient bien, qui de quelques pays qu'ils fussent ont presque tous laissé des chansons en langue française.
J'avais ces réflexions très présentes lors des fêtes qui marquèrent le 25e anniversaire d'A Cœur Joie Belgique à Charieroi. Et c'est toujours à notre langue que je pense lorsque des manifestations nous rassemblent dans tous ces pays où A Cœur Joie existe et où un répertoire a véritablement créé une communauté par delà les frontières, les montagnes, les mers et même les océans. Il n'y a pas à travers le monde d'exemple plus significatif. Le répertoire commun, le chant commun est propre à A Cœur Joie. C'est véritablement une nourriture inépuisable - nous pouvons chanter des heures et nous sommes des milliers au théâtre de Vaison - que les autres groupes linguistiques nous envient. Je dirai même que certains de ces chœurs forment l'essentiel du patrimoine commun spontané international: la Pavane, le Tourdion par exemple.
En Belgique où deux communautés linguistiques forment la communauté belge, ce souffle de langue française - comme au Canada - est peut être ressenti plus fortement que chez nous en France. Je l'ai perçu, me réjouissant de "notre" richesse, au concert du soir où tous les visages de notre musique chorale française de la Renaissance à aujourd'hui étaient présents. Bel anniversaire dans une qualité d'ensemble très remarquée par tous les invités, et très révélatrice d'un travail en profondeur qui donne de très bons fruits dans la fidélité aux racines profondes du Mouvement selon l'expression de César Geoffray. C'est cette communauté de langue française - je parle maintenant de toute la salle composée avant tout de chanteurs de ces vingt-cinq années - qui termina la soirée en déchiffrant un choral de Bach dans la langue originale. Elle le fit avec aisance forte de notre pédagogie que j'appelle de "l'approche instinctive" et rompue aux techniques de communication par une pratique polyphonique dans la langue maternelle. Belle démonstration de notre charisme A Cœur Joie: tous les répertoires sont nôtres, nous les exprimons d'autant mieux que nous demeurons dans l'esprit de notre communauté d'origine.
A Cœur Joie Belgique est un magnifique fleuron de notre Mouvement choral. Discrètement, silencieusement mais efficacement un homme l'a fait, l'a bâti avec le souci de préserver une identité et d'être à l'écoute du monde dans ses dimensions polyphoniques. Il a réussi. J'ai été heureux avec Mido Geoffray, qui a vécu ces journées anniversaire avec intensité, de lui exprimer notre admiration et la reconnaissance du Mouvement. André Dumont, homme solide, musicien et organisateur, fidèlement reconduit à la Présidence du Mouvement A Cœur Joie Belgique depuis sa création, en même temps qu'il fortifiait l'idée A Cœur Joie dans son pays a su être un artisan de la structure internationale A Cœur Joie et de l'idée européenne. Charleroi fut en 1957 le premier carrefour choral européen: il préfigura le premier Europa Cantat (Passau 59). Il n'y a pas de hasard: la Belgique allait être la terre de deux Europa Cantat, Namur 67, Namur 82. Je pouvais avec fierté reconnaître André Dumont comme témoin majeur du Mouvement A Cœur Joie. Nous célébrâmes ce moment en chantant La belle aurore. Il ne pouvait y avoir meilleure justesse.
Marcel CORNELOUP
"A Cœur Joie France" - mai/juin 1984