INSBRUCK ICH MUSS DICH LASSEN
Heinrich Isaac fut l'un des plus remarquables contrapunctistes de la fin du 15e siècle et du début du 16e.
On se doit de s'attarder quelque peu à celui que les Italiens nommèrent "Arrigo Tedesco" (Henri l'Allemand); qui est déclaré "Gallus" par Paolo Cortése alors que Machiavel, le célèbre florentin qui le connut, le cite comme "fiamengo" (le flamand). Il semble bien que l'origine belge de Isaac ne soit maintenant plus contestée. Elle est déterminée de façon incontestable par le fait qu'en 1493, on retrouve un certain Thomas Isaac comme Roi d'Armes à la Toison d'Or; qu'en 1516 existait un certain Nicolas Isaac, chanoine de Soignies, et en 1527, un Christian Isaac, chanoine de Lierre, ces deux derniers étant des descendants directs de notre Henri Isaac. La plupart de ses biographies situent sa date de naissance vers 1450. L'on ne connaît toutefois que peu de chose de sa vie et de ses débuts comme musicien et ce n'est qu'en 1475 que l'on retrouve sa trace en Allemagne et en Italie, à Florence où il remplace l'organiste Sqularchialupi à la Cour de Laurent le Magnifique. Entre 1480 et 1482, il travaille à Ferrare, recoit en 1484 une gratification de l'Archiduc Sigismund à Insbruck, se rend à Rome en 1489 mais regagne toutefois Florence après chacun de ses déplacements. Après la mort de Laurent le Magnifique (9 avril1492), il quitte Florence pour se rendre en Allemagne et c'est vers 1495 qu'il est nommé compositeur de la cour impèriale d'Autriche par Maximilien 1er. Il réside à Insbruck mais ses voyages le conduisent à la cour de Frédéric le Sage à Fogau en 1499, à Augsbourg en 1502, puis en 1512 à Florence comme agent diplomatique de Maximilien 1er. Par la suite, ce dernier demandera à Isaac de revenir en Autriche mais ayant sollicité l'intercession du pape Léon X, il restera à Florence où il meurt en 1516 après avoir terminé son célèbre "choralis Constantinus" qui ne sera publié qu'entre 1550 et 1555 à Nuremberg.
L'œuvre la plus connue, la plus chantée est INSBRUCK ICH MUSS DICH LASSEN dont voici une traduction qui est également une adaptation française due à Yves Giraud:
1. Innsbruck, cité grande, Destin me commande de tes murs m'éloigner
Toute joie fuit l'âme en quittant madame dont je dois lamenter
2. Je sens tant de peine, Regret trop me gêne et amer désespoir
En mélancolie faut passer ma vie, quand ne puis vous revoir
3. Rèconfort m'apporte et me fait escorte l'Amour remémoré
Après le voyage et vagabondage vers vous Je reviendrai.Ainsi Isaac y exprime son désespoir d'abandonner cette ville pour porter sa misérable vie vers une terre étrangère. Mais lorsque l'on se reporte à sa biagraphie, il n'est pas interdit de penser que cette tristesse puisse être feinte puisqu'il ne tarde guère à rejoindre Florence chaque fois que cela lui est possible. Mais feinte ou non, ne fut-ce que par diplomatie envers l'empereur Maximilien qui le comble d'honneurs, Isaac nous donne ici un pur chef-d'œuvre que vous chanterez avec plaisir.
PAUL SARTIAUX - 1971.