ODI ET AMO

Carl ORFF

La musique contemporaine, méconnue la plupart du temps en A Coeur Joie, est cette année en honneur dans le répertoire commun du mouvement puisqu'à côté d'une oeuvre originale de César, figure Carl ORFF avec ODI et AMO. Carl Orff est né à Munich le 10 juillet 1895. Après avoir recu une formation musicale dans sa ville, il devint par la suite chef de choeur de danse et ceci peut expliquer sa préférence pour les effets rythmiques très prononcés. Les oeuvres de ce musicien accusent sans conteste l'influence, non seulement de la chanson et de la danse mais aussi du grégorien. En 1937 les "Carmina Burana" voient le jour. Ecrite en diverses langues mais essentiellement en latin, cette partition dérive d'un recueil de chansons d'étudiants et de truands remontant aussi haut que le XIIIe siècle. En 1943, paraissent les "Catulli Carmina" qu'il présente au public comme un complément des Carmina Burana. Pourtant les rapports entre les deux oeuvres sont très lointains puisque les Catulli Carmina ont comme base les poèmes de Catulle, poête lyrique latin, contemporain et ennemi de Jules César et dont le thème est l'amour-passion.

Nos chorales peurent reculer devant l'apprentissage d'oeuvres aussi vastes et désirer néanmoins pratiquer la musique chorale de Carl Orff.

Les partitions séparées publiées il y a quelques temps par les éditions Schott (Allemagne) donnent cette possibilité et en outre le catalogue Möseler (recueil Ars Musica) et les nouvelles partitions A Coeur Joie ont publié l'oeuvre qui nous intéresse aujourd'hui: ODI et AMO. Cette partition chorale est extraite des "Catulli Carmina". L'effet musical de ce passage est assez extraordinaire. Carl Orff recherche et pratique une musique directe, ouverte à tous dans l'harmonie et la modulation, le chromatisme et la polyphonie. A la lecture, l'écriture paraît assez pauvre et il semble que c'est la monadie qui domine avec une tonalité essentiellement diatonique, avec la force et l'extrême liberté du rythme. C'est justement ce dépouillement lapidaire qui donne toute sa valeur à l'oeuvre de Carl Orff. Les répétitions massives, les brisures des mots, les mélismes développés contribuent à donner à la mélodie une gestique particulière; les sauts de grands intervalles, les accentuations anormales, la psalmodie incantatoire donne à la fois un pouvoir lancinant et énergique à l'amour-passion qui est le thème général des Catulli Carmina. L'introduction de ODI et AMO est faite d'accords parfaits. Suit un unisson énergique où la place des accentuations ne doit pas être négligée. Un deuxième thème apparait à la basse qui va répéter le même dessin pendant 18 mesures, apportant ainsi à la musique son rôle incantatoire. Sur cet ostinato, les trois autres voix dessinent un motif qui semble toujours identique. L'on remarque toutefois que ces répétitions massives montrent toujours un dessin rythmique quelque peu différent: syncopes, brisures de syllabes, accents déplacés. Et, alors que toute l'oeuvre est baignée dans un climat énergique, survient alors le rubato final. Il débute par un saut d'octave, l'une des caractéristiques de toute l'oeuvre de Orff: les sauts de grands intervalles et ils se répêtent ici 3 fois sur six mesures à l'unisson des voix. L'oeuvre se termine comme elle commence, par une suite d'accords plaqués et modulants.

Paul Sartiaux
1968