LA VACHE EGAREE
Harm : F.A. Gevaert



Cette chanson fut recueillie par Léon Jouret dans la règion de Ath et elle semble, de toutes les transcriptions de ce musicien, la seule qui soit authentiquement folklorique. La mélodie, d'une ligne soutenue et d'une amplitude remarquable, souligne admirablement la beauté du texte. L'ensemble n'est pas sans me faire penser - toute proportion gardée - à cette perle des chants du folklore de langue française qu'est "La mort du RoiRenaud". L'harmonisation due à F.A. Gevaert, est vraiment une réussite et il nous faut souligner particulièrement la modulation centrale qui amène le second thème. Les chefs de chœur veilleront donc particulièrement à la justesse à la voix d'alto (mi bécarre - mi bémol) et dans toute l'œuvre feront respecter silences et tenues. Si la possibilité leur est donnée, ils peuvent faire débuter l'œuvre par une voix soliste ou par un petit groupe de jolies voix. Ceux qui possèdent la partition originale remarqueront les quelques changements apportés par la Commission Musicale. Les raisons en sont simples: d'une part le texte des voix d'accompagnement est fade, insipide, sophistiqué et sans rapport direct avec le texte; d'autre part, la nouvelle réalisation donne une vie intérieure plus expressive tout en se contentant d'expliciter les annotations précisées par le compositeur.

François Auguste GEVAERT mérite bien que l'on s'attache à parler quelque peu de sa biographie qui est bien peu connue de la part du public mélomane. Réveillez-vous Picards, Brunette, la Chanson Satirique (ils sont bien pelés), voilà autant de titres qui ont déjà figurè à nos programmes communs, alors que d'autres, notamment des Noëls, ont fait et font encore le bonheur de beaucoup de chorales. Ce musicien belge, s'il ne nous lègue point de fortes compositions originales - aucune d'entre elles n'est au répertoire de nos orchestres symphoniques ou de nos scènes lyriques - s'est attaché tout spécialement à des écrits de théorie et de technique musicale de même qu'à des études musicologiques qui sont loin d'être à l'heure actuelle négligés. Il est né à Huysse, près d'Audenaerde, le 31 juillet 1828 et entre, à 13 ans, au Conservatoire de Gand. Deux ans plus tard, il est nommé organiste en l'Eglise des Jésuites de cette même ville. Grand Prix de Rome à 19 ans, on le retrouve entre 1849 et 1852 en Italie, en Espagne, en Allemagne puis s'installe à Paris où il écrit pour le Théâtre Lyrique et est nommé Directeur de la Musique de l'Opéra. Entretemps, il se consacre à l'étude de l'histoire et de la thèorie musicale. Mais arrive le siège de Paris en 1870 qui l'oblige à rentrer en Belgique où il se voit confier le titre de Directeur de Conservatoire Royal de Bruxelles en remplacement de Fètis et est egalement nommé Maître de Chapelle de la Cour Royale. Il reçoit le titre de Baron en 1907.
Il meurt à Bruxelles une veille de Noël le 24 décembre 1908.

Paul Sartiaux 1971