« Viens t'en » n° 10 - novembre 1965

 

 

Le 5e Rassemblement national : Bruxelles

 



« Je suis chef de chœur amateur »


Nous avons bavardé à bâtons rompus avec l'un des chefs de chœur d'une de nos plus anciennes chorales A Cœur Joie. Il s'en est suivi le dialogue que voici:
Q. Vous avez tenu à insister sur votre qualité de chef de chœur AMATEUR. Pourquoi ?

R. Parce que je tiens à la fois à préciser - et à défendre - cette qualité d'amateur qui définit aussi notre Mouvement, et à indiquer les limites de ma compétence.

Q. Le statut d'amateur vous parait suspect ?

R. La manière dont on l'entend parfois, oui.

Q. Ceux qui "bricolent" la musique ?

R. Évidemment. Et les incompétents, les contents de soi, tous ceux qui travaillent au-dessus de leurs moyens, ceux qui...

Q. Justice est faite, les farceurs occis ! Qui est l'AMATEUR ?

R. Celui qui aime.

Q. Mais encore ?

R. Rien. S'il aime, il va retrousser ses manches, servir au mieux de ses moyens, de ses ressources, de sa patience, de sa foi, de son cœur... Toute l'optique est changée: l'amateur qui est plutôt un intuitif comparé au professionnel va tenter d'approcher et de faire approcher la Beauté, si haut, si haut pour lui, que beaucoup de forces lui seront nécessaires pour ne pas trahir en chemin...

Q. Trahir ?

R. Soit lâcher tout, sait croire que la qualité conférée de chef de chœur a fait apparaître par magie des qualités innées qui le dispensent de l'effort ou de la réflexion.

Q. Le chef de chœur ne vit pas seul son aventure ?

R. Par définition. Il "fait" son chœur, dit-on. Pas toujours. Il conduira plus ou moins bien son groupe pour peu qu'au départ le chœur soit composé d'une majorité d'autres AMATEURS, conscients de cette acceptation, animés du même élan. Ensemble ! ardeur, idéal

Q. Quelle est la limite de compétence du chef amateur ?

R. La même que pour les choristes. Nous servons notre art en PLUS du reste, c'est-à-dire que nous rognons sur le travail, sur le temps, la famille, le sommeil, la tranquillité campagnarde, d'autres loisirs possibles : d'où moyens techniques limités.

Q. Vous sentez-vous des "demi-valeurs" ?

R. Pas plus que le professionnel qui démissionne de la pureté poétique de son travail pour laisser cette impression un peu froide, calculatrice que nous avons reconnue en certains...

Q. Il faudrait additionner les qualités des uns et des autres, non ?

R. Une collaboration des uns avec les autres, un contact au moins. Comme disait François Picard : "S'il n'y avait pas d'amateurs, les professionnels n'auraient personne pour les applaudir; et s'il n'y avait pas les professionnels, les amateurs n'auraient personne pour les instruire.

Q. Les chefs amateurs se heurtent à plusieurs problèmes. Quels furent les vôtres ?

R. J'ai constaté assez tôt la nécessité de repenser régulièrement - en gros ou en détail, suivant les besoins ou les étapes - les points suivants : 1° le métier; 2° l'harmonie groupe-chef de chœur; 3° le répertoire; 4° l'extériorisation du travail (concerts, rassemblements, contacts, sorties, etc...).

Q. Primo !

R. Non ! Je ne détaillerai pas. J'ai appris beaucoup des autres et je garde un faible pour les écrits de César Geoffray ou de Pierre Kaelin auxquels je vous renvoie. Joseph Samson, aussi...

Q. Mais votre expérience personnelle, pratique ?

R. ....

Q. Allons, votre chorale chante-t-elle encore le même genre de répertoire qu'à ses débuts ?

R. Évidemment, nous avons évolué. Certains changements sont apparus, qui dépendent d'un souci d'équilibre entre les différents genres et puis, il a fallu tenir compte du goût des choristes, du mûrissement de la chorale, du public.

Q. Cela vous pose-t-il parfois des problèmes ?

R. Sans doute. Le chef de chœur se perfectionne et aime de plus en plus le travail bien fait; il tendrait vers une musique de plus en plus "sérieuse", "classique". Cela est vrai aussi pour une partie des choristes. L'autre partie préfère les morceaux plus légers car le chant, malheureusement, n'est pas leur SEUL but; ils viennent surtout pour se retrouver avec les amis et acceptent plus facilement de... bavarder que de chanter et partant, de faire un certain effort. Enfin, les jeunes, les débutants qui ont les mêmes aspirations que nous... il y a dix ans, s'adaptent mal à un programme et une méthode de travail plus durs.

Q. Alternative douloureuse. Que préférer ?

R. La réponse diffère d'une chorale à l'autre. Le chef de chœur, son conseil de chorale, ses choristes doivent être assez lucides pour discerner les œuvres dont l'écriture, le genre, l'interprétation soient en accord avec leur force et leur goût.

Q. En ce qui vous concerne ?

R. Nous croyons que les grandes œuvres ou les morceaux trop difficiles - qu'il faut chanter en d'autres occasions - ce n'est pas notre travail, et ce n'est pas dans l'optique A Cœur Joie. Tout ce que nous risquons c'est de bloquer nos portes d'entrée ou pire, d'accréditer la mauvaise conception de l'amateurisme.
Par contre, il semble intéressant d'avoir un répertoire qui reste assez varié tant en genres qu'en difficultés pour que chacun, anciens, nouveaux, public jeune ou public rassis, auditeurs avertis ou non, y trouve son compte.

Q. Êtes vous plus ou moins exigeant qu'avant ?

R. On ne peut exiger que de ceux qui ont à donner. Mais enfin, je crois qu'en vieillissant un chef devient plus difficile. Les bons choristes aussi ! On se rend mieux compte que dans n'importe quel chant, facile ou difficile, une note a sa durée, sa hauteur, sa vertu, son exactitude. Si on ne lui donne ni cette hauteur, ni cette longueur, ni cette vertu, elle n'AGIRA PAS, c'est tout, elle n'existera pas EN NOUS.

Q. Vous donnez beaucoup de concerts. Travaillez vous maintenant dans ce but ?

R. Pas tant de concerts, et certainement pas dans le BUT: relisez la définition de l'amateur ! Pourtant, le concert - parfois décevant - est un excellent MOYEN. C'est le moment où la chorale tire le meilleur d'elle-même, où la communauté chantante se sent forte. Il est important de donner des concerts, des bons. Ils font vivre le chœur, autant spirituellement... que financièrement...

Q. Pourquoi êtes-vous parfois déçus de vos concerts ?

R. Parce que certains concerts mal préparés, ou mal organisés, dans lesquels on chante dans de mauvaises conditions, parfois devant un public ignorant ou indifférent, parfois... sans public, risquent de faire au groupe plus de mal que de bien. Il faut prendre conscience de l'importance du concert qui doit être tout autre chose qu'une improvisation. Alors, quand ce sont d'autres qui organisent, combien ne faut-il pas être prudent... et savoir refuser, au besoin.

Q. Avez-vous un problème précis actuellement ?

R. Nous sommes un peu préoccupés, vu notre âge, par le désir de recruter une dizaine de jeunes. En fonction de ce désir, nous avons très fortement repensé à nos buts, à notre répertoire, en essayant de ne pas nous écarter de la notion d'amateur définie tantôt.

Q. Au fil des ans, les occupations deviennent de plus en plus envahissantes, la famille s'agrandit, on se fatigue plus vite, on est moins patient et la recherche de l'idéal ne vas pas sans mal: comptez-vous encore diriger longtemps ?

R. Je crois que bien des choristes parmi les plus vieux ont dû se poser la même question, pour les mêmes raisons. En fait, nous sommes maintenant prisonniers les uns des autres. Et à dire vrai, tant que cela chante et chante bien, c'est que - quoi qu'on en pense - l'équipe peut et doit continuer sa recherche, c'est que le son opère encore sa magie, c'est que les uns à travers les autres nous prenons encore possession de nous, en nous abandonnant...

M. P.
LA PASTOURELLE

 


 

A CŒUR JOIE BELGIQUE
ENTRE À LA F.E.J.C.


Réunie à Bonn le 2 octobre dernier, l'assemblée générale de la Fédération Européenne des Jeunes Chorales a admis comme membre à titre d'organisme national, la fédération belge des chorales A.C.J.

Pour mieux mesurer l'importance de cette admission, nous vous donnons ci-après un court historique de la F.E.J.C. ainsi que l'essentiel de ses activités depuis sa création,

La F.E.J.C. a été fondée à Bonn les 9 et 10 février 1963 à l'initiative de chefs de choeur venant de six pays européens et de deux mouvements nationaux: A Choeur Joie (France) et Arbeitskreis Junge Musik (Allemagne). Cette volonté de coopération européenne s'était manifestée par une première rencontre Europa Cantat à Passau en 1961 et par les 4èmes Choralies de Vaison-la-Romaine en 1962.

La fondation de la F.E.J.C; et fonction de deux éléments

La fédération groupe les organisations nationales, des chorales qui servent un répertoire européen et dont le niveau musical est très apprécié, des membres individuels à l'active collaboration desquels la fédération est particulièrement intéressée.

Les manifestations Europa Cantat constituent jusqu'ici œuvre maîtresse de la F.E.J.C Les semaines chantantes sont les traits d'union qui relient les manifestations Europa Cantat l'une à l'autre. En collaboration étroite avec les organisations nationales la F.E.J.C. organise également des rencontres de chorales et après deux premières années d'activités, des séminaires de responsables deviennent nécessaires pour mettre en commun l'expérience de chacun, et proposer aux gouvernants de chaque pays d'Europe une technique, un enseignement et un répertoire, indispensables à l'expansion du chant choral.

Sous la Présidence deFrancois Bourel, (France) le comité exécutif dirige les activités de la F.E.J.C. Herbert Saas (Allemagne) préside le conseil d'administration et Paul Wehrle (Allemagne) assure le secrétariat. César Geoffroy est le président d'honneur de la fédération depuis sa fondation.

En Belgique, deux fédérations nationales sont affiliées: la Fédération Flamande des Jeunes Chorales et A. C. J. Belgique ainsi que trois chorales : Halewijn-Stichting et Audite Nova d'Anvers, Pays Noir de Charleroi.

Nous ne doutons pas que notre présence dans la fédération puisse favoriser les échanges internationaux auxquels participeront nos meilleures chorales, notre pays offrant, chaque fois que ce sera possible, une large et accueillante hospitalité.

André DUMONT.