« Viens t'en » n° 13- novembre 1966

 

L'ENSEIGNEMENT MUSICAL

 

Bien des pays donnent à l'enseignement artistique une place de choix dans l'éducation; ainsi la Hongrie et l'Allemagne où la musique à l'instar de la Grèce antique, considère cet enseignement comme une discipline de base dès l'école primaire.

Sans atteindre ce niveau, le Japon, l'U.R.S.S. et l'Angleterre accordent une place importante aux arts dans l'enseignement général et offrent au niveau de l'enseignement secondaire, des humanités à dominante artistique.

En Belgique, on considère les arts comme un domaine à part et les artistes comme vivant en marge d'une société pour laquelle le rendement et le profit sont devenus les buts essentiels.

Ainsi, nous sommes amenés à nous demander si l'enseignement musical dans nos écoles n'est pas singulièrement insuffisant ou déséquilibré et si la formation utilitaire de l'individu ne se fait pas au détriment de sa sensibilité et de son humanisme.

Le crédit que l'on accorde à l'importance de la musique dans la formation culturelle de l'individu varie d'un établissement à l'autre en fonction des chefs d'établissement et de la personnalité des professeurs. De plus pendant toute la scolarité l'élève ne bénéficie d'un enseignement musical - facultatif s'entend - qu'au niveau secondaire, alors qu'il serait nécessaire au niveau primaire et si possible développé dans les loisirs au niveau universitaire ou technique.

Mais comment reprocher cette carence à nos enseignants alors qu'ils n'ont pas reçu de formation dans ce domaine. Et pourtant tout est à craindre de l'élève doué en mathématiques ou en sciences qui fait son chemin sans que nul se soit soucié de son ouverture d'esprit, de la finesse de sa sensibilité, pour tout dire de son humanité. A nous de prendre conscience de ce danger et de nous y opposer en redonnant à la culture désintéressée, à la sensibilité et aux arts leur place dans l'éducation.

L'art deviendra ainsi l'antidote naturel et nécessaire de la technique et de l'équilibre au sein de chaque homme. De ces deux formes complémentaires du génie humain dépend probablement l'avenir de l'humanité.

Nous ne doutons pas que cette réhabilitation de l'art dans l'éducation se heurtera à l'indifférence mêlée de l'incompréhension de ceux qui ont conservé des classes de musique le souvenir de chahut, d'ennui et de temps perdu.

Quant aux programmes, en dépit des progrès accomplis depuis vingt ans dans les techniques de l'image et du son, ils n'ont guère été influencés par la pédagogie contemporaine. Est-il admissible, par exemple, dans l'unique heure hebdomadaire de musique, de consacrer la plus grande part au solfège et à l'étude chronologique de l'histoire de la musique alors que soixante minutes de chant, d'audition commentée et d'analyses des œuvres suffisent à peine pour former le goût et créer des conditions favorables à l'éveil de l'émotion esthétique ?

Nos souhaits pourraient se résumer comme suit:

Un tel programme ne peut aboutir que dans la mesure où il sera soutenu par un courant d'opinion. Régulièrement dans nos colonnes, nous ferons appel à des voix autorisées pour y défendre un enseignement musical valable, conformément à notre temps et préparatoire à une civilisation des loisirs dont tout le monde parle sans pour autant se préoccuper de son contenu.

A. Dumont.


Premières Cantilènes.
VAISON-LA-ROMAINE 1966

C'est une Belgique pluvieuse que nous quittons le soir du 11 juillet 1966.

Vaison nous accueille le lendemain matin; Vaison-la-Romaine, son ciel bleu, son vieux château rustique, sa pittoresque ville-haute, ses visages souriant aux étrangers...

Dès notre arrivée au Moulin de César, l'ambiance A Coeur Joie nous prend. C'est avec entrain que nous installons nos pénates dans la plaine de camping.

Combien sommes-nous ? 250; 26 Libanaises, 216 Françaises et 8 Belges. Bien vite, on fait connaissance...

Les activités commencent par le chant commun, bien sûr. Un à un, défilent les chefs de choeur (tous au plus sympatiques) qui nous feront travailler durant 15 jours.

Nos principales activités: le chant choral et surtout la mise au point de la cantate, écrite pour les cantilènes 66 par César Geoffray sur le thème « Pénélope ».

Cette cantate à 3 choeurs et refrain alternés sera interprétée la veille du retour.

On chante beaucoup, mais on travaille aussi, chaque matin à l'atelier (danses provençales, direction. flûte, guitare, danses renaissance, et pourquoi pas, chanson modeme ! ).

Mais nous n'oublions pas le tourisme ! Régulièrement nous partons à la découverte de la Provence. Visites de Vaison, de Carpentras, d'Orange, du Mont Ventoux, de Malaucène se succèdent.

Des veillées, pleines d'entrain, occupent nos soirées. Animées successivement par un poète accompagné de sa vielle, par Marcel Corneloup, par nos équipes qui se présentent par leurs mimes, (les Belges ont choisi l'escargot de Namur), par les danses et chants de la renaissance, par l'atelier de chanson moderne.

Le théâtre antique d'Orange nous offre même, le soir du 23, Cyrano de Bergerac par la Comédie Française.

Bref, emploi du temps varié et intéressant. Après une telle quinzaine nous ne quittons pas le soleil de Provence sans un serrement de coeur.

Mais patience, Vaison nous attend pour les Chorilènes 1968 !

UN GROUPE DE CANTILENES.

Merci à Maria Wouters de la Marlagne notre guide averti et aimable.
Merci à tous ceux qui ont permis cette nouvelle rencontre vaisonnaise qui n'est qu'un début.


Pierre Lhoir nous a quittés

La nouvelle à peine connnue fin de l'été est déjà réalité: Chanterelle et Sarabande ont perdu leur chef de choeur, leur meneur de jeu.

Nous savons ce qu'il en a coûté pour chacun, pour le chef surtout, qui a placé l'obéissance avant son métier de pédagague qu'il exerçait avec une grande maîtrise, le devoir avant la grande satisfaction que lui procurait la direction de son groupe choral.

Venu en A Coeur Joie dès la mise en chantier du mouvement belge, Pierre Lhoir a contribué à son essor, non seulement par sa collaboration fidèle aux travaux du conseil d'administration mais aussi par le rayonnement de sa chorale. Avec lui, Chanterelle et Sarabande ont pris à Nivelles droit de cité et donné à tout un monde de parents, amis et auditeurs, une notion exacte du rôle éducatif et artistique du mouvement A Coeur Joie.

Nous avions pris l'habitude de nous rendre à leur concert annuel, assurés d'y trouver chaque fois un répertoire renouvelé, la joie de chanter et un retour vivifiant aux sources de notre action d'éducation populaire.

Présents et acteurs à tous nos rassemblements, porteurs d'enthousiasme et de qualité musicale, ils avaient gagné une dimension nationale.

Merci Pierre pour tout cela.

Devenu curé doyen de Wavre, nous savons que bientôt dans cette ville, on chantera A Coeur Joie.

A Nivelles, la baguette à peine déposée, a été reprise par notre ami Albert Debrulle entouré d'une solide équipe, secondé efficacement comme le fut déjà Pierre Lhoir, par Albert Lehmann. Ainsi, nous en sommes persuadés, Chanterelle et Sarabande n'ont pas fini de chanter.

Là où se trouve une volonté, il y a un chemin. Puissions-nous chacun être suivis et dépassés.

André Dumont.