« Viens t'en » n° 14 - janvier 1967

L'esprit communautaire
du Mouvement

Avant notre assemblée annuelle de janvier, il m'apparaît utile de développer ici une qualité essentielle d'un membre ou d'un responsable A Coeur Joie : l'esprit communautaire.

Les communautés familiales, scolaires ou professionnelles qui nous sont imposées ont des exigences précises. Ouvertes ou closes, obligatoires ou impératives, ces communautés se juxtaposent dans notre vie et nous associent plus ou moins intimement et d'une manière plus ou moins permanente à d'autres personnes. L'importance et le rôle social de ces associations exercent sur chacun de nous une telle influence que l'individu se préoccupe peu du rôle qu'il y joue.

Les communautés d'élection ont un tout autre caractère. Les conditions d'admission constituent un attrait particulier et le fait d'y adhérer traduit la volonté de créer une communauté nouvelle selon des goûts, des aspirations ou des disciplines clairement définies. Un groupe dont on ne peut cesser d'être membre est différent d'un groupe dont on peut démissionner à son gré.

Ainsi pour toutes sortes de raisons, les hommes s'assemblent et l'association joue un rôle capital dans la vie de chacun. L'effort individuel n'atteint son rendement parfait que lorsqu'il est coordonné avec les efforts d'autrui. Les hommes ne sont pas solidaires uniquement par ressemblance ou mimétisme mais plus encore par souci de se compléter. Le chant choral, fondement de notre association, illustre notre propos puisque l'alto n'estrien sans la soprane, le ténor sans la basse.

La dépendance de chaque membre vis-à-vis de l'autre n'est pas en elle-même suffisante; la bonne volonté ne suffit pas à créer une communauté: il faut apprendre à vivre ensemble avant de créer ensemble. Il est certain qu'il règne entre nos membres un accord sur les principes et les buts de notre association, une communion de sentiment et même une amitié authentique, mais la recherche des grandes dimensions du mouvement, la solution des problèmes de gestion ou le jugement des valeurs exigent une recherche permanente, une maturité intellectuelle et morale qui s'acquiert progressivement par des transformations successives dans la manière de sentir, de penser et d'agir.

Une chorale nouvellement affiliée se demande dans quelle mesure les autres vont l'aider ou au contraire l'enrayer dans ses efforts. Il peut y avoir des éléments de compétition entre groupes et les personnalités les plus fortes tendent naturellement à s'imposer. Ces difficultés initiales sont inévitables: nous les avons vécues,nous les connaissons. Un mouvement doit s'attendre à ce que des susceptibilités soient froissées, à ce que des opinions se heurtent avant qu'il ne réussisse à assimiler les nouveaux venus; il ne peut prétendre éluder d'emblée les conflits et les incompatibilités de caractère. Mais rien ne contribue plus à la maturité que les frottements et les efforts de compréhension des autres. Chacun apporte son bagage de connaissances et de compétences et le mouvement par les relations harmonieuses qu'il impose et la contrainte morale qu'il exerce, joue son rôle puissant d'éducateur. Dans le groupe, chacun apprend à tenir compte des autres, s'adapte à des situations déterminées par les besoins des autres, comprend sa fonction et discipline son comportement aux conditions souvent complexes de la vie du mouvement.

Le travail en équipe et la vie en groupe dans n'importe quel cadre requièrent des attitudes morales et des habitudes de conduite analogues. Lorsque les membres de l'équipe se sentent liés et unis, un état affectif est créé qui leur fait saisir leur solidarité et les pousse à donner le meilleur d'euxmêmes à l'effort commun.

Dans une atmosphère de communion de sentiments qui suscite en chacun le désir de vouloir ce qu'il perçoit être la volonté de tous, le mouvement, notre mouvement A Coeur Joie, doit s'épanouir, évoluer et chanter.

André DUMONT.


Un brillant prélude à Europa Cantat

L'Ensemble vocal de la Marlagne de Namur
représentera la Belgique à un concours international
organisé à Londres par la B.B.C.

Il y a sept ans, c'était au printemps 1959, la première chorale A Coeur Joie de Namur tenait sa première répétition, avec modestie, certes, mais aussi avec enthousiasme en réunissant ses choristes autour de son chef de choeur, GeorgesDavid. La Marlagne était née.

D'autres printemps lui ont amené nouveaux visages, nouvelles floraisons, nouvelles pousses... Chanteries pour enfants, cantilènes pour adolescentes se sont groupées autour de la chorale.

On chante à La Marlagne de 3 à 40 ans et tous ses membres y vivent le meilleur de leurs loisirs car tous sont amateurs et le temps de la musique est celui qu'ils lui ont offert.Depuis deux ans, une vingtaine de choristes de La Marlagne se sont groupés pour aborder en ensemble vocal des ceuvres plus difficiles ou qui diffèrent du répertoire traditionnel du mouvement A Coeur Joie : oeuvres de la Renaissance, répertoire spirituel, choeurs contemporains, etc...

L'Ensemble vocal de La Marlagne a chanté deux fois dans le cadre des "Concerts au Château", organisés par les Jeunesses musicales. Il a pu se faire entendre à Bruxelles, Nivelles, Liège, Charleroi et prépare actuellement de nouveaux concerts pour cette saison d'hiver, de même que sa prestation a Europa Cantat III, en tant que chorale reconnue membre de la Fédération Européenne des Jeunes Chorales (F.E.J.C.).

Dernièrement, I'Ensemble vocal de La Marlagne a accepté de participer au concours "Let the people sing", organise par la B.B.C., qui met en compétition les chorales d'amateurs de vingt et un pays, chaque pays étant représenté en finale de ce concours par une seule chorale. La Belgique a organisé une éliminatoire nationale à laquelle participaient quatorze chorales.

Le jury, composé de MM. Gaston Brenta, René Defossez, René Mazy et Edgard Deridoux, a choisi à l'unanimité l'Ensemble vocal de La Marlagne de Namur pour défendre, en janvier prochain, le chant choral belge, dans ce grand choeur international.


Ce jugement porté sur l'Ensemble vocal de La Marlagne par des musiciens belges de tout premier plan, semble confirmer les critiques élogieuses qui, de plus en plus autorisées, accompagnent chacune des prestations de ce sympathique groupe choral.

L'Ensemble vocal de La Marlagne, dirigé par Georges David, sacré premier groupe choral amateur de Belgique, n'en continue pas moins a poursuivre les buts essentiels de son existence: l'éducation par le chant choral, l'amourde la musique et le plaisir de bien chanter.

Il défendra, bien sûr, les couleurs de la Belgique au concours de la B.B.C., mais son chant reste celui de tonjours, celui de la musique vivante et aimante.

Ajoutons que l'Ensemble vocal de La Marlagne est composé de huit sopranos, cinq altos, sept ténors et cinq basses, tous Namurois.

Il présentera à Londres les choeurs suivants: Matona mia cara, de Roland de Lassus; Réveillez-vousPicards, de Gevaert: Mignonne, allons voir si la rose, de Costeley, et Bonzorno Madona, de Scandelli.

dans Vers l'Avenir


Répertoire

A la découverte d'une vocation populaire

Je ne désespère pas de voir, un jour, s'affirmer dans un coin ou l'autre de notre Mouvement, une vraie vocation populaire !

Il faut entendre par là que nous parviendrons peut-être - au lieu de chanter NOS chansons dites populaires dans notre nid douillet habituel - à faire vibrer certaines âmes de la masse à notre unisson.

C'est sans doute ce que sentent certains de nos chefs qui - tout comme des prêtres-ouvriers de la musique chorale - adoptent d'abord le genre de ceux qu'ils veulent convertir, choisissent le meilleur, le remodèlent à une meilleure image, et glissent ensuite sur un répertoire plus choral, plus "composé", avec ceux qu'ils ont gagnés.

Que certains même fassent un petit détour par une mélodie qu'ils ont composée ou harmonisée - combien maladroitement parfois - me semble de bon augure. Le vrai chant populaire, aufond, n'est-il pas celui issu des centaines d'inconnus, qui ont depuis le fond des âges, lors d'une veillée, d'une migration, d'un combat, d'un rituel, d'un chagrin ou d'une joie, sans métier, fait jaillir du plus profond de leur être une improvisation souvent reprise par la masse ? Que serait notre musique profane ou spirituelle sans ces mélodies qui ont fait communier tant d'hommes ? En fait, la chanson de notre époque n'est pas autre chose, mais le phénomène est amplifié par nos moyens techniques, et le temps n'a pas encore effectué sa sélection qualitative. Faut-il pour autant l'ignorer ?

Se borner, au départ et à l'arrivée, à nos mélodies "populaires", polies, repolies, harmonisées selon les canons du conservatoire (mais nécessaires pourtant, comme on le soulignait dans notre numéro précédent, au maintien de notre langage intérieur A Coeur Joie), c'est peut-être savoir à quel saint se vouer, c'est la douce certitude de ne pas chavirer, mais est-ce réellement naviguer, creuser un sillon, amorcer ses lignes ?

Michel PAUNET