« Viens t'en » n° 16 - janvier 1968
1968
année À Coeur Joie

Les associations humaines évoluant au rythme de leurs auteurs il est normal qu'elles connaissent au fil des ans des cycles d'expansion et de récession, des périodes heureuses et malheureuses sous l'influence permanente et parfois inconsciente de leurs animateurs.
Sans pour autant croire que les mois qui viennent pour notre association A Coeur Joie seront sans obstacles, nous pouvons prévoir que l'année 1968 sera pour le mouvement une année de maturité et de moisson après des années de recherches et de structuration.
De plusieurs côtés nous sentons l'intérêt de la jeunesse pour nos formules actives, le rayonnement de notre travail éducatif dans tous les cercles culturels et politiques, le poids et les effets d'une qualité recherchée à tous les niveaux de notre action. Il faut plusieurs années pour récolter les fruits des stages de formation des cadres, pour donner à la vie chorale sa stabilité et son efficacité, pour prendre conscience avec modestie mais réalisme du rôle que l'on doit absolument tenir dans son milieu de choriste, chef de choeur, président, secrétaire, ou membre du conseil d'administration.
C'est depuis cette année seulementque nos chorales sentent la nécessitéde faire grandir avec elles cantilènes et chanteries pour faire connaître à tous les âges les joies d'une musique vivante et assurer progressivement la relève de ceux qui fatalement doivent quitter le groupe pour des raisons familiales ou professionnelles. Dans cette recherche des 3 C, Bruxelles, Namur, Nivelles et Rixensart inscrivent déjà leur ville au tableau des réalisations.
Une nouvelle année s'ouvre ainsi devant nous avec de belles perspectives, mais pour lui donner toute sa plénitude il nous faut être présents et accueillants. Aux yeux des jeunes qui nous découvrent, des enfants et des adolescents surtout, rien n'excusera notre fatigue, notre inquiétude ou notre agitation. L'un des miracles d'une jeunesse authentique c'est sa disponibilité, sa faculté d'amitié et de liaison, son charme parfois insouciant etflâneur.
Ce devoir de présence, de contact régulier et permanent doit être considéré comme l'une des conditions fondamentales de réussite pour notre mouvement. La musique nous donne mieux qu'à d'autres des armes irrésistibles pour réaliser le miracle d'une jeunesse de coeur permanente.
Réussir dans cette voie et faire de l'année 1968 une année A Coeur Joie, tels sont les voeux que nous adressons à chacun de vous.
André Dumont.

Réunion générale des cadres à
Marcinelle
L'ensemble des participants
Choisir un répertoire...
Chacun de nous n'a-t'il pas réagi à l'audition de telle chorale vieille de plus d'un siècle mais devenue sénile dans la mesure où son répertoire se démodait ?
Tarés par ce souci de conserver ces vieilles pages ridées, marquées d'un sceau d'une époque où le mauvais goût rimait avec "bourgeoisie", "parvenu", " nouveau riche" et d'avoir voulu sauver ce qui avait fait leur gloire éphémère, ces vastes ensembles vocaux qui rassemblaient jusqu'à 200 voix ont vu leur effectif s'effriter, les voix jeunes se faire rares... on évoque à quelques-uns d'une voix esquintée et tremblante, les "grandes pages" éculées qui ne trompent personne...
Et si dans nos chorales, le nouveau choriste est si vite conquis par nos chants, si les auditeurs de nos concerts se montrent enthousiastes, si partout les "lundis", les " jeudis", les "dimanches qui chantent " font boule de neige, c'est que tous ceux là que nous accrochons avaient cru jusqu'alors que le mot chorale se confondait avec le choeur des pélerins, avec les soldats de Faust, le vieux chalet ou tant d'autres et qu'ils n'imaginaient pas que cela puisse se passer autrement...
Est-ce dire combien nos responsabilités sont grandes lorsque nous choisissons un répertoire !
Choisir un répertoire! Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? C'est un problème qui incombe exclusivement au chef de choeur: lui seul en connaissant les limites de sa chorale sait où il peut l'amener, où il veut l'emmener. Cela demande une longue réflexion! C'estpourquoi il me paraît nécessaire de prévoir à longue échéance sous peine d'en être réduit à l'improvisation. Il me semble qu'un programme établi pour un an est le plus susceptible de donner à une chorale son élan maximum, sa progression, son homogénéité, l'équilibre et la diversité de son répertoire.
Hanté par le désir de nouvelles découvertes, enthousiasmé par une session ou un stage, chaque chef de choeur a ressenti au cours de cette période de juillet et août, pendant laquelle les répétitions sont suspendues, ce bouillonnement d'idées qui lui viennent à l'esprit. C'est à cette époque me semble-t-il qu'il faut organiser, mettre de l'ordre dans toutes ces suggestions pour créer petit à petit les grandes lignes d'une année de chant choral. C'est à cette époque également qu'il faut déjà prévoir les concerts, leur date approximative, les oeuvres qu'on y chantera; c'est alors qu'il faut se ménager le temps de réflexion dont dépend tout le succès d'une année chorale.
Imbu de cet enthousiasme, de cette soif d'organiser, de découvrir, le chef de choeur se transforme alors en fouine. Il se plonge dans les catalogues d'éditeurs, écrit, commande des partitions, les déchiffre, "recommande" (le conseil de chorale a-t'il pensé à lui laisser une petite part du budget afin qu'il ne doive pas assumer seul les frais de partitions parfois onéreuses ?) dévore, consulte même les prix (les éditions espagnoles sont trés économiques, les anglaises ne sont pas chères), revoit certaines oeuvres apprises trop hâtivement et enfin, touche terre: leprogramme est élaboré ! Peut-être faudra-t'il le revoir une fois encore pour en supprimer l'une ou l'autre oeuvre plus superficielle ou trop séduisante pour résister à une seconde analyse.
Car, !à aussi, réside un danger: quefaut-il chanter ? Les oeuvres qui ne demandent aucun effort ? Celles qui plaisent vite mais dont on se lasse ?
Il faut que progressivement, nous habituions nos choristes à se dépasser, à exiger plus que l'harmonisation simple de couplets reliés entre eux par un refrain: c'est à partir de là que commence notre vocation populaire; c'est à partir de là que chaque chorale devrait avoir à coeur de se créer un répertoire qui englobe le profane, le spirituel, le populaire, le savant, qui touche à toutes les époques dont la production chorale présente un intérét. Car c'est en fonction de cet idéal que chacun trouvera dans son répertoire le programme de concerts qui par le bon goût, la variété et l'éclectisme attireront à nous les auditeurs enthousiastes, feront d'A COEUR JOIE l'initiateur du renouveau choral et nous placeront, vis-à-vis des autorités responsables, dans une position privilégiée si à l'instar de tant d'autres pays mieux avisés, la Belgique s'engageait dans une voie de reconversion en ce qui concerne l'éducation musicale.
Est-il possible de parler du répertoire sans regretter, quoi qu'on en dise, cette crainte de la musique du XXème siècle qui semble paralyser beaucoup de nos chorales ?
Les compositeurs contemporains ne peuvent être des invités d'exception et ce n'est nullement un luxe de les chanter. Il appartient à chaque chef de choeur d'en faire la découverte et de les faire découvrir à ses choristes. Orff, Hindemith, Ravel, Debussy, Poulenc, Auric, C. Geoffray, Bernier, Absil, Kodaly, Bartok, Janacek tant d'autres ont écrit des oeuvres souvent accessibles que nous devons faire connaître.
Peut-être apartient-il à la commission musicale et au centre de documentation de susciter en A COEUR JOIE le goût des harmonisations nouvelles comme il leur appartient de créer auprès de nos chefs de choeur l'esprit de recherche et de perfection dans le choix d'un répertoire aux résonances les plus éclectiques...
Jacques FOURGON.
(Liège)
Le premier Week-end « Cantilènes
»
1967-68
à HEVERLEE
Les 4 et 5 novembre, une cinquantaine de choristes accompagnées de quatre chefs de choeur se sont rassemblées à Héverlée pour le premier week-end des cantilènes.
Pendant deux jours, rires et chants animèrent les immenses salles et couloirs de l'institut du Sacré Coeur, notre gîte.
Après avoir fait un peu connaissance, Paul Moors - qui assurait la direction du week-end - nous a mises à l'ouvrage ; au programme, divers canons et des chants du répertoire commun, parmi lesquels: "C'est le Mai", "La dame du palais du vent" et le très joli "Allons danser".
Entre les différentes répétitions, nous passions les quelques minutes de détente - musicale elle aussi - groupés autour du piano où notre chef, quittant pupitre et diapason, improvisait un petit récital d'oeuvres classiques et de négro-spirituals.
Mais les intermèdes dansés ne furent pas ce qu'on apprécia le moins dans ce week-end; au contraire, je crois que cela plut à toutes. Grâce à l'entrain de chacune et surtout grâce au dévouement dont fit preuve Claude Flagel pour apprendre à toute cette petite foule sautillante les pas d'un scottish ou d'une danse russe, cet apprentissage de danses folkloriques constitua un agréable complément à la partie chantante.
La journée du dimanche se termina par un petit concert, - reflet des activités du week-end -, donné devant un groupe de pensionnaires de l'institut à l'air sérieux et un peu intrigué.
Tout se termina dans la détente et les rires. Au moment du départ, la plupart pensaient déjà à la prochaine rencontre. N'est-ce pas là le meilleur signe de la réussite du week-end.
Une Luciole