« Viens t'en » n° 18 - novembre 1968

VIèmes CHORALIES
de
VAISON-LA-ROMAINE

Nous avons retrouvé Vaison non pas tel que nous l'avions laissé en 1956, ouvert sur un grand cercle familial privilégié et généreux, mais comme une ruche bourdonnante, active et riche, entrainant avec elle le décor impersonel d'une foule curieuse et encombrante, attirée par l'événement. Le hâvre vaisonnais est devenu un vaste parking où pendant plusieurs heures, l'automobile envahi places, rues et trottoirs au détriment de la cité et de son intimité.

Pourtant, rien n'était laissé au hasard par une organisation bien mise en place, bien équipée et très efficace en face d'une participation record de 4.300 choristes entraînant avec elle quelque 500 personnes pour les nombreux services. Il ne restait plus un platane, plus un pan de mur, plus un porche d'église qui ne serve de cadre et de prétexte à cette grande fête populaire qui fait naître encore et malgré toutes les exigences de la technique, une vaste et bienfaisante communion musicale.Les Choralies jumelées avec le soleil, bâties en plein air, ont vu leur programme plusieurs fois rafraîchi sans pour autant en modifier le cours. Le plein air a ses raisons, il a sa magie et ses dangers car il faut jouer net sans faire le détail, répéter à la hâte souvent avec des conditions matérielles précaires. La mise en place s'improvise, on compte sur l'absence du mistral et sur le chant des cigales. C'est pourquoi, bénéficiant d'une magnifique nuit de Provence devant un théâtre aux dimensions décuplées, nous avons été enchantés par la prestation belge lors de la soirée d'ouverture: résultat d'une bonne préparation, d'une grande discipline sous la direction de Manu Poiré et Claude Flagel.

Cependant, devant cette magnifique floraison de concerts nous avons eu une impression de surabondance, de surcharge dans les heures de repétition, de cumul, suite aux exigences des patrons musicaux qui font de ces journées vaisonnaises un creuset de travail et d'expériences, sans trop se préoccuper du rythme ainsi imposé au choriste. Alors que les organisateurs de Festival - de plus en plus nombreux - accusés par le concept de la culture de consommation se posent la question de survie, on a l'impression que Vaison voudrait inscrire un festival de plus dans le calendrier international. Verra-t-on tous ces choristes arrivant par milliers, ne retenant ni leur rire, ni leur joie, amenés devant un guichet au contrôle strict pour " faire " une chose au même titre que la visite d'un musée, bref une excursion aux portes de la culture ?

Et c'est ainsi, dans cette abondance, que s'est trouvé sacrifié le chant en commun: déchiffrage très superficiel, souci de réussir coûte que coûte les grandes oeuvres, recherche de nouvelles " rumeurs ". Cette absence de !a communauté chantante se faisait d'ailleurs sentir chaque soir quand il fallait faire appel à l'unique " Belle Aurore " qui ne mérite pas un tel sort. Maigre bagage aussi pour nos choristes quand de retour dans leur chorale ils n'y trouvent plus le chef prestigieux ou l'ensemble instrumental de qualité.

Cette fidélité au chant choral communautaire, nous la croyons nécessaire. pour que Vaison garde tout son attrait car, faut-il le dire, la découverte de certaines oeuvres est de nos jours facile grâce aux multiples manifestations musicales qui sont organisées dans toutes nos villes avec des moyens techniques et financiers autrement importants.

Ceci dit, et nous savons que nos amis Français sont attentifs à cet aspect des choses, nous avons vécu à Vaison des moments musicaux d'une rare qualité, moments pas toujours conformes au prestige de l'affiche, mais plutôt liés à un état d'âme, au ciel de Provence, à une présence souhaitée ou retrouvée.

Les Choralies A Coeur Joie de Vaison-la-Romaine, manifestation esthétique collective au service de la musique, apportent à tous ceux qui les vivent intensément en y apportant leur voix, leur jeunesse et leur enthousiasme, un bénéfice moral et culturel dans la joie et la sérénité.

Déjà nous fixons l'au revoir aux Vlle Choralies en août 1971.

André DUMONT.


TOUTE LA SEMAINE CHANTE

par Georges David

Par la vertu des dimanches, lundis, mardis, et autres jours qui chantent,voici que notre Coeur Joie développe une nouvelle branche, jeune pousse que regardent fleurir plusieurs chefs de choeur-jardiniers de Belgique.

Voilà quelque chose de très réconfortant: A Coeur Joie est un mouvement bien vivant, bien axé dans sa vocation POPULAIRE puisque, à travers cette semaine qui chante, il me semble retrouver le juste contrepoids à l'évolution sympathique mais savante de quelques chorales, oublieuses peut être de leur rôle: l'éducation de tous.

Voilà que le jour qui chante nous RÉUNIT, nous RASSEMBLE, nous: de tous âges, de toutes conditions, de toutes confessions ou partis politiques; toutes différences aplanies, l'oeuvre populaire simple satisfait hommes, femmes et enfants, de la même manière, au même instant.

Paradoxal A Coeur Joie ! En 1968 tout se conteste, tout est contesté, tout rassemble pour désunir, pour s'opposer, pour abattre, pour enlaidir, ruiner et installer au coeur des hommes l'inquiétude, l'angoisse, l'injustice. En 1968, A Coeur Joie rassemble et procure un plaisir HUMAIN, profond et DE QUALITÉ.

A vous tous, chefs et choristes de Belgique, le bonheur d'être des rassembleurs de joie; à vous le plaisir de mettre en présence, sous votre direction et avec votre concours chaleureux, tous ceux et toutes celles qui se confient à vous, un soir par semaine, un soir où tout est oublié, où l'on fait place à la musique partagée.

Il faudra que nous vous mettions en présence, un jour prochain. Que, de Namur, Charleroi, Rixensart, Liège, Mouscron, Ciney, que de partout vienne rire et chanter dans la rue tout ce monde heureux dont nous sommes responsables et que nous avons entraîné dans le chant choral.

Chaque jour, chaque soir, parfois simultanément, une chorale, une chanterie, une cantilène, un choeur populaire allument la musique quelque part dans notre pays.

A Coeur Joie est devenu le libre-service du chant choral.

Georges David.