« Viens t'en » n° 2 - mai 1963
Namurois à l'origine,
la journal « Viens t'en »
devient National dès le numéro 2.
CHERS AMIS BELGES,
Il n'est pas nécessaire, n'est-ce pas, de vous dire comme je suis heureux de voir le mouvement « A CUR JOIE »« Viens t'en » dans votre pays manifester une telle vitalité ?Si nous aimons chanter « à cœur joie » ce n'est point dans l'intention de nous « distinguer » et de faire bande à part ! Jamais, pas un seul instant en réunissant des jeunes chanteurs, en France pour commencer, et dans les pays francophones ensuite, je n'ai pensé les retrancher, les séparer, les isoler !
Le chant choral est justement à l'opposé du retranchement. Il ouvre, il appelle. Chanter avec d'autres, c'est communier. C'est magnifier la création. C'est, comme l'écrivait Maxime Gorki - « lui faire l'aveu de cet amour que tout homme porte au cœur lorsqu'il est un peu poète... » -
Mais alors pourquoi A Cœur Joie ? Eh bien voilà : chanter A Cœur Joie c'est consentir à un certain maintien devant la vie, devant les hommes, devant la musique, devant la beauté. Être simple, disposé à recevoir de la musique son message d'amour, vouloir le rendre. En somme en entrant dans A Cœur Joie nous entrons un peu dans une école, une école d' « art populaire » soucieuse de perfection technique, qui propose une méthode, un répertoire, qui veut susciter des vocations de chefs de chœur, afin que le goût de la polyphonie se répande toujours davantage pour la perfection de l'homme, de la communauté nationale à laquelle il appartient, pour la paix du monde enfin !
Oui il est bon et agréable de chanter, pour la Joie de la musique, pour le plaisir de l'esprit, avant tout le reste !
Mais, plus loin que notre plaisir il découle de notre attachement à la polyphonie, une obligation à un service sans lequel il n'y a pas de construction collective. Pas de chanteur, pas de chœur, pas de perfection sans le souci constant d'accepter beaucoup de servitudes diverses: obéissance, attention, humilité, silence, oubli de soi, persévérance. . .
L'être qui est capable d'accepter ces disciplines pendant quelques années s'améliore, car il devient un compagnon agréable, efficace, discret et qui aime la vie toute simple.
Soyez donc fidèles, mes chers amis à cette mission afin que nous vivions toujours plus en harmonie !
César GEOFFRAY.
BIENVENUE À CHARLEROI
5 mai 1963. Voici venu le beau dimanche de notre 3ème Rassemblement national.
Nivelles 1961, Namur 1962, Charleroi 1963: trois étapes marquantes du mouvement A Cœur Joie en Belgique, trois points de repère qui nous permettent de mesurer ensemble le chemin parcouru.
Nous pouvons nous réjouir de voir à quel rythme naissent les nouvelles chorales bientôt secondées par les cantilènes et les chanteries. Nous mettons en pratique le mot d'ordre précis de Marcel Corneloup: « Dans chaque ville: une chorale; une cantilène, une chanterie ».
Si par le nombre nous marquons une progression rapide, ,j'aimerais donner à chaque maître de chœur, à chaque choriste,le souci de la qualité. Rien de grand, de durable, de fécond, ne peut se construire sans une recherche personnelle et permanente du mieux. -
Dans la mesure où nous nous perfectionnons sur le plan technique, où nous montrons l'utilité et la valeur tant sociale que culturelle de notre activité, nous nous assurons l'appui des organismes officiels, des institutions privées et du grand public. Et quand le public s'intéresse à notre activité ainsi qu'aux effets qu'elle a sur la vie sociale et culturelle, notre nombre s'accroît et nous sommes encouragés à faire mieux encore.
Notre époque caractérisée par une évolution technique de plus en plus rapide, nous apporte chaque jour de nouveaux procédés et de nouvelles inventions sensationnelles. Nul ne peut s'y soustraire en disant simplement: « Cela ne me concerne pas, je n'aime pas les innovations ».
Cependant il s'avère nécessaire d'adapter l'évolution technique à l'éducation et à la culture afin d'établir un contact entre les gens cultivés et ceux qui le sont moins - parce que moins favorisés - ce qui signifie également la nécessité de jeter un pont entre notre musique « populaire » et la « grande » musique. Voilà sans doute un des aspects les plus rudes de la vocation populaire d'A Cœur Joie.
Notre destin historique, nos meilleures traditions sont présentes à l'esprit quand nous considérons de nouvelles conceptions éthiques ou religieuses. La musique que nous pratiquons, le chant choral en particulier devrait aider à la réconciliation des conditions sociales.
Bien des facteurs concourent aujourd'hui à faire disparaître les modes de vie traditionnels: le développement des moyens d'information et de communication, l'industrialisation, l'urbanisation et la disparition du sens de la communauté et de la famille. On a de plus en plus tendance à abandonner les formes usuelles de l'activité musicale depuis que le disque, la radio, la télévision sont devenus moyens de diffusion à la portée de tous.
A nous de provoquer par la qualité de notre travail, par la valeur artistique de nos exécutions, la résurrection d'une musique populaire recherchée et comprise par tous.
Chers amis choristes, je souhaite que ces quelques heures passées à Charleroi, au cœur d'une ville attentive à notre action, à notre attitude, nous rendent conscients du rayonnement que peut avoir notre mouvement A Cœur Joie, plus particulièrement votre chorale, pour autant que nous y apportions - en toute simplicité - le meilleur de nous-mêmes.
André DUMONT.
Extension
Tirez sur la corde, elle ne fera que chanter davantage.
1940, Lyon : Le sourire de César et toutes ses qualités de musicien, tout cela met le feu aux poudres d'un grand mouvement dont nous vivons. Pensez-y, si l'on parle du " mouvement " A Cœur Joie, il faut donc penser à des mots, des images comme " vie ", " progression ", " perpétuelle activité ", enfin, tout le contraire de ce qui n'avance pas, qui dépérit, se referme sur soi.
Une chorale qui n'est pas l'image de cette vie est rapidement condamnée à la sclérose. Un choriste qui n'est pas un peu missionnaire est un frein pour la chorale, un objet de tristesse pour son chef de chœur. Heureusement, le sourire de César, 22 ans plus tard a gardé la même signification et surtout, il se lit maintenant à 10.000 exemplaires dans le monde.
A l'affiche de ce 5 mai: 700 chanteurs, 700 sourires et sept cents fois la volonté de créer autour de vous ce mouvement de prolonger par vous la nourriture culturelle et musicale que vous recevez.
Il y a certainement, dans un coin de votre imagination, une place pour un nouveau chapitre A Cœur Joie et si vous êtes très vivant, une place pour une nouvelle chorale.
Pensez A Cœur Joie. Faites des investissements: de vous d'abord car le mouvement c'est avant tout chacun d'entre nous, chacune de nos convictions, des autres ensuite, de votre ville, votre région économique, sociale et de votre pays enfin.
Il n'y a pas moyen de vivre sans créer; pour chanter notre répertoire, il faut être au moins quatre; pour chanter le mouvement, il faut être toujours davantage.
Au mouvement où nous nous sentons "en famille ", prenons garde à l'égoïsme collectif, garde au complexe. A Cœur Joie, c'est une chose ouverte, libre, accueillante, disponible, séduisante comme là musique. Aujourd'hui peut-être en prendrez-vous conscience ? Demain vraiment, mettez-vous au travail ! C'est la joie que je vous souhaite.
Georges DAVID.
Ami Choriste, ce journal est le tien. Pour l'instant, il cherche sa forme définitive, et si tu y collabores, il atteindra vite le style que tu voudras lui donner. Le troisième numéro est prévu pour septembre. Nous attendons l'expression de ta joie dans nos colonnes.
WEEK-END DE FORMATION
ON ÉTAIT 80 !Au W.E. de formation des 23 et 24 mars à la Maison des Jeunes de Namur !
Eh oui ! 80 ! Notez que tout le monde trouve cela tout à fait naturel... et personne n'eut même la courtoisie (oh ! les méchants !) de s'apercevoir que notre président réalisait là une performance digne de figurer dans les annales épiques du mouvement A.C.J....
Bien sûr il a eu le temps de se faire à l'idée de loger 80 personnes dans 50 lits... et l'on a pu avec une respectueuse inquiétude suivre la progression des soucis sur son front, progression qui fort heureusement se termine toujours chez lui par un vaste éclat de rire... Au moment de l'ouverture des inscriptions: « Allons, venez tous au W.E; de formation, nombreux et compacts, nous vous attendons... ». Après 40 inscriptions, le sourcil froncé: « Dépêchez-vous de vous inscrire au W.E. si vous voulez encore y participer car les places ont limitées... ». Après 60 inscriptions, les deux sourcils froncés: « Oh Tonnerre ! (l'intéressé connaît ses classiques) il faudra arrêter les inscriptions et même probablement en refuser quelques-unes... ». A 80, complètement débordé, les deux sourcils revenus à hauteur normale suite à un fatalisme serein... « Un de plus ou un de moins, au point où nous en sommes, on se débrouillera ! »
Et « on » s'est débrouillé ! Aux dernières nouvelles, chacun a passé la nuit dans un lit (on se demande toujours comment...) sauf ceux qui l'on passée à repérer dans le noir la configuration des lieux...
80, venus du Brabant, Anvers, Liège, Hainaut, Luxembourg et Namur, bien entendu... tandis que se répondaient les noms bien sonnants des chorales présentes: Cantecroy, Monferrand, Vent de Fagne, Cantilène, Tarentelle, Farandole, Compagnons du Champeau, Marlagne... 80 chantant, dansant, flûtant... au sens propre et au sens figuré !
Le beau W. E. ! Arrivées et accueil à l'enseigne d'un même sourire... Merci à tous !
Soins vigilants, délicatesse exquise et riante, très jolie présentation du chant choral... en gestes et en paroles... et messe de 8 H. sans sermon à une adresse non indiquée.... tout, très réussi, Marthe !
Horaire bien balancé, organisation solide, dévouement à cœur ouvert et sans bruit, matériel de tous genres, évocation vivante et colorée d'ACJ en musique, photos et paroles... et surtout joyeuse et tranquille bonhomie... que rien ne put entamer (même pas le lever à 7h ! ... Au poil, Ferdi !
Gestes précis, œil vigilant, patience à toute épreuve; leçons de gestique dégénérant parfois en jeu de colin-maillard... Puce et musique, Musique et Puce... Un ban pour Manu et Georges !
De la grâce et du rythme, un deux trois et tournez... Marie-Claire et Annie, pieds légers... et au pied levé, s'il vous plaît, réquisitionnées pour la bonne cause de la danse... c'était très gai !
Précision, divisions, partitions, inscriptions, locations... sourire malicieux entre deux colonnes... Discrétion, attention, addition, sous traction... et je retiens.. Mady ! Incomparable trésorière... et si gentille... Une perle !!
Chefs de chœur en herbe... gestes timides et voix tremblante... et... foudroyantes révélations... Bravo, Marie-Claude !
Hélas, une disparition est à déplorer... Où est Joseph ! Manu est le dernier à lui avoir parlé au cours de gestique... Allons, Manu, quand cesseras-tu de leur faire peur ?
Et tous et toutes, si joyeux, si jeunes, si vibrants... La belle image rapportée de Vaison et cent fois répétée d'un « Viens chanter avec nous »... bras dessus, bras dessous... soufflant la marée dans un chœur plein de vagues !
Elle restera, cette image, la vérité de ce W. E., riche en couleurs, plein de vie, ardent au travail et haut en voix !
On recommencera !
A tous et à toutes, à chacun des 80 sans qui le W.-E. n'eût pas été ce qu'il a été...
de tout cœur
et de toute joieMERCI.