« Viens t'en » n° 21 - juin 1969

Retrouver l'homme
Rassemblement national à Charleroi
2ème journée nationale des chanteries
(Mouscron)

Éditorial

Retrouver l'homme


L'HUMANITÉ actuelle, mécanisée à outrance, est entraînée dans une révolution technologique qui l'enchaîne à la matière. Le délire technique universel de plus en plus contraignant se précise par l'automation et définit avec de plus en plus de précisions l'homme-robot du XXIe Siècle.

L'aliénation de l'homme à la matière dégrade l'esprit d'initiative, raréfies les idées originales et rétrécit les consciences. L'homme s'épaissit et devient Insensible à la Beauté. Placé devant la machine qui en principe doit résoudre tous ses problèmes et lui procurer une abondance inespérée, il oublie de penser et ne distingue plus ce qui est mesurable de ce qui ne l'est pas. La machine qui calcule, travaille et combine mieux que lui n'est cependant pas reliée à l'infini de la vie et oublie ce qui doit être coloré d'humain.
La science triomphe tous les jours mais même quand elle aura attelé la lune à la terre, elle n'aura rien fait si elle n'a pas appris à l'homme de maîtriser le flux de ses connaissances pour s'ennoblir à la lumière de la vie intérieure.

La vraie culture correspond à la maîtrise de l'intérieur même et surtout quand l'esprit d'une époque - la nôtre en particulier - ne favorise pas le développement harmonieux de l'individu. C'est aussi un état qui implique liberté, tolérance et sérénité car aspirer à la culture c'est chercher avec une amoureuse ferveur à prendre part dans la nature et l'histoire, ce qui assure l'évolution permanente de l'homme et le détache des intérêts strictement vitaux.

La laideur, le sordide et l'incohérent dominent trop souvent l'art moderne et toutes ses disciplines. Cette indéniable pauvreté de la culture et de l'art, il faut d'abord l'attribuer sans conteste à l'indigence de l'esprit humain, très peu inventif depuis qu'il se repose sur la technologie.

Joseph Basile définissant « l'homme cultivé de demain » pressent qu'il faut trouver un nouvel art de penser, un nouveau style de vie. Il faut dialoguer avec nous-mêmes pour trouver ce qui est en nous. II ne s'agit donc plus d'acquérir une simple érudition, héritage du passé, mais de s'assurer un renouvellement continu permettant d'agir avec toujours plus d'audace et de s'ennoblir à la lumière de la vie intérieure.

Cette nouvelle culture est une formation harmonieuse résultant du triple équilibre de l'intellectualité, du comportement et de la spiritualité. Dans notre société à production et à changement accélérés, toute une série d'attitudes recevront de la culture un tour nouveau et parmi elles, le sens de la responsabilité vis-à-vis d'autrui qui va s'exprimer de façon nouvelle : les dirigeants responsables devront faire davantage confiance à leurs subordonnés. Ils leurs donneront un certain droit à l'essai et à l'erreur ; ils insisteront davantage sur le caractère que sur l'intelligence, car si l'on écoute l'homme de génie, on suit l'homme de caractère. Ils se souviendront aussi que tout homme, même le plus modeste, désire avant tout s'accomplir et que cette préoccupation primera même celle de ses intérêts matériels. Tout bonheur n'est qu'une sensation de plénitude. Avec de tels propos sommes-nous tellement éloignés de nos préoccupations musicales en A Cœur Joie ? Je ne crois pas. Il n'y a de richesses que d'hommes et je vois la qualité de notre mouvement - qui s'est manifestée avec tant de vigueur et de discipline à Charleroi, à Namur et à Mouscron - maintenue et développée par la qualité culturelle et spirituelle de nos responsables et de nos membres.

André DUMONT




Le Rassemblement et la Presse...


AVEC LE RASSEMBLEMENT « A COEUR JOIE »
CHARLEROI, HAUT-LIEU DU CHANT CHORAL  

(La Nouvelle Gazette, 29/04/1969)


Le rassemblement « A Cœur joie» 1969 s'est tenu dimanche, dans la capitale du Pays Noir, où des jeunes gens, réunis pour le plaisir de chanter en commun, ont exalté leur confiance dans la pérennité d'un humanisme aux richesses et beautés toujours vivantes.

Albert DEBRULLE. « La Chanterelle » et « La Sarabande » et Pierre KAELIN « La Chanson de Fribourg »

CHANTER DANS LA JOIE ET L'AMITIÉ

« L'Ensemble vocal de Namur », dirigé par Georges David, l'ambiance si caractéristique de ce genre de manifestation vocale s'établit d'emblée, en raison même de la qualité de ce groupe de 18 filles et 15 garçons, détaillant, à quatre voix, des pages harmonieuses et poétiques, du Debussy voisinait avec Dvorak, de Lassus, de Bertrand et Scandelli. Équilibre des voix, justesse, émission de choix, valurent à Georges David et à ses chanteurs, un succès très chaleureux, scandé par des applaudissements nourris.

Puis, <. La Chanterelle » et « La Sarabande » de Nivelles, sous la direction d'Albert Debrulle (46 filles et 34 garçons) dans des chansons de Corneloup, Grindel, Leclercq, Lau, Picard, définirent à quatre voix le contenu d'oeuvres charmantes (le chant des Canuts - le petit avocat, notamment) où l'expression savante rejoignait l'ironie aimable, suscitant des bravos très mérités.

LA CHANSON DE FRIBOURG

En vedette, « La Chanson de Fribourg », chorale-pilote de Radio-Sottens et de Lausanne, était l'invitée du Festival.

A quatre voix, elle détailla splendidement un « Ici, à Charleroi » de Pierre Kaelin, en l'honneur du festival « A Cœur Joie » 1969, des motet des XVIe et XVlle siècles, des poèmes d'Édouard et d'Apollinaire mis en musique par Francis Poulenc, établissant un radieux plaisir d'écoute, grâce à une émission communicative et à un sens des valeurs artistement exprimés.

Inutile d'ajouter que des tonnerres d'applaudissements déferlèrent sur la salle après chaque chant d'autant plus que le distingué directeur de « La Chanson de Fribourg » s'entend à merveille à établir une communion étroite entre son merveilleux petit groupe et le public.

L'APOTHÉOSE FINALE

En clôture d'un concert aux souvenirs vivaces, le grand chœur des chorales et des cantilènes « A Cœur Joie » fournit une démonstration d'ensemble significative de l'amour d'une jeunesse exemplaire pour le chant choral.

II faut louer, sans restriction, toute cette belle jeunesse, sachant se percher sur des héritages venus de lointaines civilisations, pour les faire s'épanouir et se prolonger dans ce XXe siècle ingrat dont. pourtant, elle ne veut rien, renier de ce qui l'enrichit.

Le coude à coude prôné par « A Cœur Joie » reste l'exemple de cette fraternité des « jeunes », source féconde d'un avenir pacifique, auréolé de chansons et d'affections en marche.


« La Chanson de Fribourg » et « A Cœur Joie » unissent leurs voix.


Rassemblement national des Chanteries
Mouscron 1er juin 1969

Un carré de ciel bleu tenu aux quatre coins par des anges musiciens s'étendait sur Mouscron cet après-midi du 1er juin.

La ville s'était mise en quatre pour accueillir les chanteries débarquant de tous les horizons. Preuve de sollicitude, c'est à l'Hôtel de Ville même et sous les yeux de Monsieur le Bourgmestre en personne que se déroulaient les joyeuses retrouvailles.

Du plus lointain au plus proche,

tour à tour se mêlaient au grand chœur

Saluons au passage les chefs de chanterie qui, par leur travail patient de l'année ont permis au chant commun de monter un cœur de 200 enfants.

Félicitons aussi nos amis de Mouscron qui ont si bien réussi à mettre leur ville au diapason des chanteries par une organisation impeccable et une présence dynamique et souriante.

Remercions Monique Wolter qui sut en peu de temps mettre sur pied un atelier Orff.

Saluons les autorités communales qui ont témoigné par leur présence et leur aide de l'intérêt qu'ils portent au chant choral.

Saluons enfin tous nos jeunes choristes - venus parfois de bien loin - et souhaitons que le souvenir de cette journée leur fasse désirer déjà de prochaines rencontres.


2ème Journée Nationale des Chanteries

Mouscron 1 juin 1969. Découvrir une ville industrielle, populeuse et active à l'extrême pointe du Hainaut, à deux pas de la métropole Lille-Roubaix-Tourcoing.

Être reçu cordialement par le Bourgmestre de la ville entouré du Collège Échevinal et l'entendre nous dire toute l'importance qu'il attache à notre effort d'éducation musicale au sein de la Francophonie.

Écouter chanter le Ramoneur, Pétroutchka, la Berceuse de Schubert et Dansez Pastourelles par plus de 200 gosses de nos chanteries venus de Liège, de Namur, de Bruxelles, d'Ottignies, de Nivelles et de Rixensart pour rejoindre leurs nombreux petits amis de Mouscron.

Voir diriger de nouveaux chefs de chanteries avec compétence et enthousiasme.

Donner le goût de l'instrument par une démonstration simple mais convaincante de la méthode Orff.

Croire que les contes de fées sont encore destinés aux enfants et faire de la Brigantine une troupe d'acteurs de la Belle au Bois Dormant.

Sentir vivre et se développer la branche la plus prometteuse de notre mouvement A Cœur Joie.

Voilà ce que nous réservaient les amis mouscronnois en ce premier et beau dimanche de juin dans une chaude amitié empreinte de la plus grande simplicité. Bravo Mouscron et merci de nous avoir offert cette belle journée.

A.D.

MOUSCRON
vu par un choriste

Le dimanche 1er juin, une dizaine de bus arrivent à Mouscron venant de tous les coins de la Belgique.

L'accueil se faisait à l'hôtel de ville ou M" le Bourgmestre de Mouscron et le Président d'A Cœur Joie André Dumont nous adressèrent quelques mots.

J'oubliais presque de vous dire que Madame Walter donna un petit cours de musique méthode Orff.

Ensuite, comme vous l'avez deviné, nous avons entamé les chants communs.

Après cela, aidés par les flèches qui étaient placées dans toute la ville, le cortège arriva à l'école St-Henry.

Tout d'abord « la Brigantine » de Mouscron nous présenta « La belle au bois dormant ». En écrivant ces mots je m'imagine encore la « fée Carabosse » qui était noire, sinistre, méchante au point de faire pleurer un bébé effrayé.

Dans des applaudissements du tonnerre les rideaux se refermèrent sur la Brigantine qui fut remplacée par le goûter. Miam ! Que c'était bon. Mais allons jouer dehors avant le concert.

Il commença par la présentation du jury qui servira à juger le meilleur chant mimé : Perrine était servante, L'ours, Li bia bouquet, 2 Boutons d'or et l'Alphabet. Autant vous dire tout de suite que ce fut « Li bia bouquet » qui remporta le prix.

Pour terminer cette charmante après-midi, un tout jeune chef de chœur fit chanter Pétrouchka. Puis la foule des chanteries reprit place dans ses cars qui repartirent vers tous les coins de Belgique.

Une heure après, Mouscron dormait gardant dans son coffre le souvenir de ce charmant après-midi.

Pascal