« Viens t'en » n° 25 - novembre 1970

LA NOUVELLE CULTURE

par

JOSEPH BASILE

POUR la première fois dans l'histoire, nous sommes entraînés non par une révolution, mais par trois révolutions qui se chevauchent en s'accélérant.

La première révolution que l'on nomme technologie, nous la vivons depuis quelques décennies, mais aujourd'hui ses effets se précipitent par l'automation. Elle a démultiplié et va même remplacer les efforts physiques.

La deuxième révolution, celle de l'informatique, a commencé il y a à peine quelques années. Cette fois ce ne sont plus les muscles, mais les cerveaux qui sont renforcés et relayés.

La troisième révolution, la plus importante - car ici ce ne sont plus les corps ou les cerveaux qui sont en cause, mais l'être lui-même - c'est la révolution de la conscience sociale qui, par l'éducation permanente, fait que la société s'élève à une dimension nouvelle. Tout homme pourra participer à la gestion de son destin; il pourra, s'il le désire, s'épanouir, se réaliser et accéder à une dignité nouvelle.

Pourquoi alors, devant des possibilités aussi enivrantes, au moment où nous nous voyons devenir maîtres des forces matérielles et s'ouvrir une abondance inespérée, pourquoi voyons-nous l'inconstance et la contestation envahir le monde dans tous les domaines ? C'est que devant ces houles annonciatrices d'un nouveau millénaire, nous avons peur de perdre pied. Nous avons peur de ne plus savoir comment dominer les complications et les innovations, comment bâtir sur des fonds insolites et toujours changeants. Nous ne savons plus où se trouve la vraie signification de ce qu'il nous apporte. Nous ne savons comment faire pour que la technique et l'économie soient au service de l'homme et non l'inverse. Nous pressentons que, pour que cet afflux de biens et de possibilités tourne à notre avantage, nous devrons trouver un nouvel art de penser, un nouveau style de vivre. Nous devrons dialoguer avec nous-mêmes pour trouver ce qui est en nous. Nous devrons découvrir dans nos occupations professionnelles journalières ces éléments de développement dont seuls disposaient par le passé ceux qui avaient le temps et la quiétude de s'adonner aux études humanistes.

Nous devrons par conséquent renforcer l'unité de l'homme par le triple enrichissement du savoir, de l'agir et du sentir.

Mais voilà précisément, je crois, la définition quasi exhaustive de cette nouvelle culture qui devra nous protéger dans la nouvelle société de consommation. Cette culture est une formation harmonieuse résultant du triple effort d'information, d'action et de vie intérieure. Ou, si vous préférez, d'un triple équilibre de l'intellectualité, du comportement, et de la spiritualité.

Il ne s'agit donc plus d'acquérir une simple érudition, héritage du passé, mais de s'assurer un renouvellement continu permettant de maîtriser le flux des connaissances, d'agir avec toujours plus d'audace et de s'ennoblir à la lumière de la vie intérieure. Il s'agit en somme de réaliser sa percée par une avance parallèle des trois composantes humaines, avec le souci d'éviter le déséquilibre de l'une d'elles, qui ferait chavirer le tout.

Notre intégration dans la nouvelle société exige une nouvelle attitude qui fasse fusionner l'esprit humaniste du passé avec le nouvel esprit scientifique. Nous devons tous apprendre un nouveau langage pour dialoguer avec la machine.

Ce nouvel enseignement donne clarté à l'intelligence, car il oblige à classifier, à simplifier, à quantifier. Mais son danger réside dans le fait qu'il polarise l'esprit vers l'analyse, au détriment de la synthèse, pouvant même créer une dangereuse dérive des con naissances ou favoriser la passivité. Mais là où l'exercice prend son caractère capital pour la culture, c'est lorsqu'il oblige à distinguer ce qui est mesurable de ce qui ne l'est pas, ce qui appartient à la « finesse » de ce qui appartient à la « géométrie », et en général ce qui doit être coloré d'humain et de cordial.

La machine qui explore et combine bien plus vite et mieux que nous n'est cependant pas reliée à l'infini de la vie et à l'infini de la conscience, d'où la nécessité pour nous de nous familiariser avec son fonctionnement, pour pouvoir la dominer par l'esprit. Jamais une machine n'aura d'intuition et ne saura créer. Et cependant, c'est grâce à elle que nous rentrons dans la civilisation des LOISIRS.

Au-delà du labeur, les loisirs avec leurs travaux libres vont constituer le deuxième accomplissement de la plénitude de l'homme. C'est quand l'esprit et l'action s'appliquent sur les initiatives librement choisies, que le cœur semble porté sur un fleuve de vie et que l'homme se sent le plus heureux.

En somme, la responsabilité dernière sera, dans l'avenir, de faire en sorte que sur terre l'excès de l'esprit l'emporte toujours sur la matière.

Mais la plénitude d'une culture nécessaire à notre temps, exige l'enrichissement de la VIE INTERIEURE, cette zone toujours mal connue des profondeurs intérieures des forces psychiques et même de la conscience religieuse. Notre savoir et notre pouvoir portent en filigrane ce que nous avons l'habitude de contempler. C'est pourquoi, plus que jamais, notre civilisation doit être une civilisation de réflexion, pour ne pas devenir une civilisation de réflexes.

L'homme ne serait pas complet s'il ne pouvait jouer sur deux claviers à la fois: celui de la raison et celui des voix intérieures, et c'est couronner sa culture que de l'éclairer par une attitude de caractère transcendant.

L'homme de la nouvelle culture devra se forger un caractère à la mesure de ses responsabilités; il aura le souci de valoir pour pouvoir, et de cultiver sa pensée pour enrichir son action. Sa grandeur sera de faire face à l'avenir avec audace et chaleur humaine, gardant à l'esprit le vieil adage : « il n'y a de richesses que d'hommes ».


Inauguration à Mons
d'un monument à
Roland de Lassus



Roland de Lassus est né en 1532 à Mons dans la rue de Guerlande, actuellement rue des Capucins.
Il fut chantre en l'église Saint-Nicolas-en-Havré, puis à la Collégiale Sainte-Waudru. Très tôt, il est emmené par le vice-roi de Sicile à la cour de Fontainebleau d'abord, puis à Palerme et Milan.
A vingt et un ans, il est maître de Chapelle à la Basilique de Latran.
Nous le retrouvons à Mons, mais ses parents sont décédés, il voyage alors en Angleterre, en France, séjourne à Anvers où il fait publier ses premières oeuvres.
Le Duc de Bavière lui confiera la direction de sa Chapelle à Munich. Il meurt dans cette ville en 1594.


L'impossibilité de circonscrire son oeuvre à une culture, à un pays, a fait de Roland de Lassus - de son vivant même - une figure légendaire : celle du premier artiste européen.
Esprit essentiellement renaissant, il considère le monde et les hommes sous leurs aspects les plus divers. Ses voyages, sa connaissance de plusieurs langues, lui permettent de pénétrer les différents styles pratiqués en cette seconde moitié du siècle. En associant les ressources de l'ancienne technique du contrepoint et les apports nouveaux des écoles nationales, il sut faire une admirable synthèse. Six ans à peine après sa disparition, c'est l'avènement de l'opéra, aussi la production du « plus que divin Orlande » se révèle à nous dans toute sa plénitude, comme l'apogée de la polyphonie du XVI"'° siècle. Y.W.







« La Cantoria », statue réalisé par le sculp-
teur Christian Leroy et dressée au Square
du Chapitre au pied de Sainte-Waudru.

Le groupe vocal de Mons « Les Rolandins »