« Viens t'en » n° 5 - avril 1964

 

COMMENT "A Cœur Joie"
A DEMARRÉ A LIÈGE

Depuis longtemps, on en parlait. Depuis longtemps, vous vous posiez la question : quand donc Liège aura-t-elle SA chorale A Cœur Joie ?

A présent, c'est chose faite, réponse vous est donnée, « ils » étaient près de cinquante aux deux premières répétitions pour entonner d'un élan joyeux canons et harmonisations populaires.

Depuis le dernier Stage de Saint-Hubert, Martine Richelle ne tenait plus en place et voulait une Chorale. De son côté, Paul Tombeur connaissait A Cœur Joie de longue date - et devinez qui lui avait inoculé le virus: Suzanne, bien entendu ! mais absorbé par la Recherche, deux groupes chantants, un foyer et deux charmantes filles, il attendait son heure. Cette heure a maintenant sonné, puisque le 4e Rassemblement National aura lieu à Liège (le 19 avril, ne l'oubliez pas !) et qu'il eût été inconcevable qu'aucune chorale n'accueille votre horde chantante.

Le 28 janvier dernier, soirée choisie pour le lever de rideau, Suzanne et Ferdi ont apporté, avec la ferveur et l'enthousiasme que vous leur connaissez, le message de tout A Cœur Joie - vos vœux de naissance - et ont fait revivre devant cinquante visages passionnés l'étonnante aventure de Chamarande, de Vaison, de Saint-Hubert. Trois jours après, un quotidien liégeois consacrait son éditorial à cette soirée, lançant ainsi la première édition A Cœur Joie locale aux quatre coins de la Cité Ardente.

Et depuis lors, Liège chante. Liège découvre petit à petit les accents si clairs et si vrais du répertoire ACJ:« Gelobet » et « La claire Fontaine », « Dis-moi, beau printemps » et « Las mis penas, Madre », et bientôt le programme commun dans ses portées les plus simples.

Les choristes - 55 inscrits, et les nouveaux continuent d'arriver - sont surtout des étudiants - environ deux tiers - ; il y en a de Montferrant, de La Marlagne, du Champeau, de Vent de Fagne qui sont à Liège pendant la semaine et retrouvent leur chorale chaque week-end. Plusieurs savent ce qu'est une partition, et même - ô plaisir - la déchiffrent ! Beaucoup attendent avec l'impatience que l'on comprend les prochains W.-E. de formation, les Stages d'été, les Rassemblements. Tous sont bien décidés à faire honneur aux mets chantants qui s'offrent à leur appétit musical. Ils répètent chaque mardi de 20 à 22 heures à la Maison des Jeunes, rue du Vertbois.

De ce groupe prometteur est sortie l'équipe responsable de l'organisation du 46e Rassemblement. Elle constituera pour l'avenir l'épine dorsale et animatrice de la Chorale; on peut lui faire confiance.

Décidément, A Cœur Joie - Liège est bien parti. Votre présence le 19 avril achèvera de conquérir l'ardente cité mosane. Notre « Viens chanter... » n'a pas fini de trouver écho auprès d'un public épris de musique juste et simple, cette musique qui touche parce qu'elle est vraie, et qu'elle est vraiment vécue.

P. R. - 25 février 1964.
in « Viens t'en » n° 5 - avril 1964


aux amis "à cœur joie" :
Bienvenue à Liège

 

Bienvenue et amitié, à vous qui supportez la défense et l'illustration du chant populaire tel qu'il doit être compris, celui qui est le résultat d'une recherche personnelle, d'un effort d'équipe, d'une compréhension collective et qui conduit le plaisir de l'oreille, jusqu'à l'exigence de l'art musical.

La cité ardente, celle que les écolâtres du moyen âge appelaient l'Athènes du Nord, la fontaine de sapience, celle qui plaçait la musique parmi les sept arts libéraux vous ouvre les bras et les cœurs, puisque vous lui faites l'honneur de la visiter, à l'occasion de votre rassemblement national.

Venez lui apporter le don naturel de vos voix unies en un mouvement qui porte la joie et la confiance et qui apprendra aux liégeois qui en ont besoin, que le chant du peuple est aussi autre chose que le « leyî-m'plorer » de complaisance.

Venez nous faire communier plus intimement avec la musique, art de nos anciennes gloires, par la pratique et l'esprit d'engagement et de service. Car, c'est bien cela qui fait votre puissance. Ce sont vos esprits vos cœurs, vos caractères que nous recevrons dans un oubli de nous-mêmes et dans la communion en la sensibilité retrouvée, au contact de votre simplicité et de votre esprit d'équipe.

Venez vous « rassembler » au son de vos chœurs qui imposeront spontanément « leur gaietésimple et de bon aloi pour le plaisir visible de tous » ainsi que le dit votre inspirateur César Geoffray. C'est votre condition à vous et comme toutes les cultures populaires, elle est classique dans son inspiration, dans son expression et dans sa signification. C'est tout un civisme qui n'est pas neuf, mais que vous renouvelez tous les jours, sans prétention, et avec tout votre soin. C'est toute une éducation populaire vraie qui est votre raison d'être, celle qui fait remonter aux sources mêmes de l'expression populaire, tous les jeunes qui vous font confiance pour les conduire avec patience, aux polyphonies libres ou dissonantes d'hier ou d'aujourd'hui.

Venez ! A notre époque de musique mécanisée, votre rêve illuminé est une récompense utile, pour vous, CONNAÎTRE C'EST PRATIQUER et être cultivé est autre chose qu'être chien savant. Tout faire avec sérieux sans se prendre au sérieux; nous avons tous besoin de votre témoignage, pour trouver une vraie voie, vers la culture par la fraîcheur, vers le savoir par la pratique patiente, vers la satisfaction de vivre par le plaisir de faire quelque chose ensemble.

Un rassemblent national d'un mouvement choral est une ascension par le chant. Vos chants communs sont une foi nouvelle et profonde en l'art et sa vertu créatrice. Notre rencontre, je l'espère, sera une certitude de naissances nombreuses de nouvelles jeunes chorales, qui en dehors du souci des « spectacles » feront surtout plaisir aux chanteurs et à tous ceux qui gardent les traditions d'une culture classique sans poussière. Notre rencontre renforcera la compréhension entre les hommes qui croient en quelque chose parce qu'ils font quelque chose. Votre jeune et joyeux chant et notre amour du beau unis ce 19 avril 1964 : c'est la certitude d'une étape nouvelle de notre amitié dans l'art le plus élevé.

Je sais que les liégeois qui ont tant donné à l'art musical et à l'art choral savent que pour être amis il ne faut pas nécessairement se ressembler, il faut simplement se comprendre et s'aimer et ils vous aiment déjà.

Marcel DEPREZ
Inspecteur des bibliothèques publiques
et de l'Education populaire
in « Viens t'en » n° 5 - avril 1964