« Viens t'en » n° 6 - juillet 1964

Encore le Yé-Yé... (Willy Decamps)
Liège : 4ème Rassemblement national
A Cœur Joie et ... Françoise Hardy (Michel Paunet)
Été qui chante (César Geoffray)

 


Mariage au sein du Conseil d'Administration :



Encore le Yé-Yé

Notre éditorialiste a mis le doigt sur un problème très important (1) et j'espère que les diverses réactions auxquelles il faut s'attendre n'allumeront pas en nos rangs la terrible querelle des « Anciens et des Modernes ».

Pas de music-hall en A Cœur Joie ! Entièrement d'accord mais ne croyez-vous pas qu'il serait temps de prendre en considération deux phénomènes qui ont marqué notre époque: la CHANSON et le RYTHME ? Si l'on veut établir le contact avec une certaine jeunesse, peut-on continuer à fermer la porte à ces nouveaux venus ?

La jeunesse, parce qu'elle constitue une nouvelle catégorie très rentable de consommateurs, est livrée à un conditionnement honteux en matière de chansons. Si l'on ajoute le souci bien connu des jeunes d'être « à la page », on comprendra pourquoi la plupart d'entre eux manifestent un engouement irrésistible pour la seule musique cautionnée par l'actualité. Ceci se vérifie surtout, reconnaissons-le, chez les jeunes qui, pour toutes sortes de raisons, échappent encore aux moyens de culture. Le problème qui nous intéresse directement est donc de toucher cette fraction de la jeunesse qui en outre partage le préjugé très répandu contre la musique chorale, ce qui ne simplifie pas notre tâche.

Comment établir le pont ? Sans doute la formule ACJ est-elle jeune, dynamique et accessible mais combien dépouillée si on la compare aux séductions du vedettisme et de la fiction facile. Il nous appartient donc de foire un premier pas.

Il s'agira certes de céder à une certaine forme de facilité mais ce sera avec lucidité et dans un but hautement louable. Machiavélisme ? Peut-être mais éclairé et gage de moments agréables pour les choristes qui se « mettront dans le coup », puisque notre ami André lui-même reconnaît avec sa franchise habituelle n'être pas indifférent à « l'un ou l'autre rythme du jour ».

Par ailleurs, il existe bien des chansons saines et plaisantes qu'une chorale peut porter à son répertoire sans courir le risque du déshonneur. Je me permets de souligner qu'il importe d'éviter à tout prix les harmonisations savantes et complexes à travers le jeune public ne distinguerait pas les airs qui lui sont chers. Il faut y aller avec réalisme et emprunter résolument le style des ensembles vocaux en vogue où la chanson s'appuie sur un accompagnement très rythmé et une harmonie « moderne ».

Les jeunes qui nous entendront auront le sentiment que nous sommes des leurs parce que ouverts aux modes d'expressions actuels.

Comment mettre tout cela en œuvre ? J'avoue, pour avoir tenté l'expérience, que ce n'est pas sans difficultés et sans tâtonnements. En effet, il n'est pas commode de choisir dans l'abondante production actuelle de la chanson d'autant plus que la qualité est plutôt rare et les "succès" éphémères. Pour ce qui est de l'accompagnement et de la question délicate de la partition, l'idéal est de pouvoir compter sur une équipe d'instrumentistes de bonne volonté (une guitare d'accompagnement, une guitare basse et une batterie suffisent) et si l'on éprouve trop de scrupules à réaliser soi-même des arrangements, de faire appel à un harmoniste chevronné.

Quoi qu'il en soit, le problème mérite d'être abordé. L'aventure est en tous cas passionnante. Personnellement, je crois pouvoir affirmer que mon essai a porté ses fruits. En quatre ans, les effectifs de mon groupe ont dépassé la cinquantaine et le répertoire a glissé presque entièrement vers l'exclusivité ACJ. L'enthousiasme est allé grandissant et la répétition du samedi est devenue pour beaucoup une nouvelle raison de vivre. Mais n'allez pas croire que tous mes problèmes s'en trouvent résolus car il ne suffit pas de pousser des « Yé-Yé » pour convaincre les jeunes et surtout les moins jeunes de nos bonnes intentions.

 

Willy DECAMPS
Les Jeunes Chanteurs de Boussu-Bois
in « Viens t'en » n° 6 - juillet 1964

(1) « Viens t'en » n° 4


Liège, 19 avril 1964

4e RASSEMBLEMENT NATIONAL

Le grand jour est arrivé, attendu avec d'autant plus de fièvre que, néophytes en A Cœur Joie, nous nous étions donné la tâche de communiquer l'enthousiasme de notre découverte à toute la région liégeoise.

Il n'était pas encore 10 h. ce dimanche 19 avril que déjà dans le hall d'accueil du Conservatoire se pressaient des dizaines de choristes.

En même temps commençait cette inénarrable distribution d'insignes et de tickets. Les responsables de chaque chorale recevaient deux grandes enveloppes; l'une contenait des tickets pour le dîner et la collation du soir, l'autre de ravissants insignes de diverses couleurs suivant le groupe auquel les chorales appartenaient.

Mais soyons clair pour qu'au moins, grâce à ce papier chacun comprenne ce qu'il aurait dû comprendre lors du rassemblement, non que je veuille incriminer les responsables, tant s'en faut.

En résumé: 3 groupes, 3 insignes: rouges bleus, verts, - et les noirs ? me direz-vous ; ils étaient destinés aux choristes de Liège, plus ou moins au courant de l'organisation et des détails de la journée, plus ou moins susceptibles de fournir les renseignements adéquats (parfois moins que plus, hélas !).

Dans l'agitation et l'énervement des dernières heures, une petite erreur s'était glissée dans la comptabilité des insignes et des tickets, mais tout rentra dans l'ordre deux heures plus tard.

Tout se déroula parfaitement jusque midi et la grosse offensive sur les places et dans les rues de Liège. Les chorales, réparties dans leurs groupes respectifs, se dirigeaient vers leur point de ralliement lorsqu'une petite pluie fine se mit à tomber.

Résultat: Les choristes, stoïques, chantaient, les auditeurs, l'enthousiasme « douché » (au sens propre) se faisaient rares Mais, bientôt, sous l'influence bénéfique de nos chants, les sources du ciel se tarirent.

Après l'excellent dîner servi à la « Maison », les choristes se regroupèrent au Conservatoire pour la mise en place du programme commun. Avant cette dernière répétition, tous écoutèrent religieusement le message de Georges David, que nous sentions présent parmi nous malgré son absence, et sur son invitation, tous ont repris en chœur un « Viens chanter » très fervent.

Dans une allocution très vivante, Monsieur Marcel Hicter nous apporta les encouragements officiels, au nom du Ministre de l'Éducation Nationale et de la Culture.

Monsieur Marcel Deprez, Inspecteur des Bibliothèques publiques, de l'Éducation Populaire, était là, « fidèle supporter » du mouvement, surtout depuis son implantation à Liège.

Après un court entracte, le concert public s'est ouvert par les benjamins, "la Chanterie de Charleroi"; d'abord ému par le spectacle charmant qu'ils formaient, le public a été conquis par la fraîcheur de leurs voix.

A la Chanterie succède "La Farandole" qui nous a présenté un répertoire d'harmonisation pour voix égales.

Marie-Claude Remy était très fière de nous présenter son groupe instrumental, le premier du genre en A Cœur Joie Belgique.

Ce fut alors le tour de "la Pastourelle" qui fêta harmonieusement son dixième anniversaire.

La première partie du concert se termina par le groupe de Danses folkloriques de Fanny Thibout, qui nous offrit une suite de danses d'Ardenne et du Condroz.

La "Chanterelle" et "la Sarabande", entonnèrent très allègrement la deuxième partie.

La Kölner Jugend Singkreis, "nos invités étrangers", dirigée par Egon Kraus ont interprété un programme unissant musique ancienne et moderne. Par la maîtrise de ses interprétations et le choix de son programme, cette chorale, fort applaudie, n'a pas fait mentir sa réputation.

Enfin les huit cents choristes montèrent sur scène dans un chatoiement de jupes multicolores et mirent le point d'orgue à ce concert qui fut très apprécié par le public, comme en témoignent les échos qui nous sont parvenus de toutes parts.

Pour terminer cette excellente journée, les choristes déshydratés purent se désaltérer et prendre une légère collation tout en bavardant avec animation. Ils prolongeaient ainsi le plaisir d'une réunion joyeuse qui avait resserré les liens unissant les différentes chorales A Cœur Joie de Belgique.

Comme le rappelle César Geoffray: « L'accord vocal fait l'accord cordial ».

J. F. D. - C. L.


A Cœur Joie
et
Françoise Hardy

On avait annoncé en ACJ cette journée chorale organisée à Quaregnon le 10 mai 1964.

Le Mouvement y était représenté par "Les Saladins" de Lille et "La Pastourelle" de Charleroi.

Aucune chorale ACJ encore, dans cette partie du pays: voilà pourquoi nous devons être heureux que, dans ce fief de chorales traditionnelles et vieillies, c'est d'ACJ et de nos journées-types que se soient inspirés les organisateurs. Nous le devons en grande partie à Willy Decamps, un membre isolé qui, avec beaucoup de mérite, dirige un groupe de jeunes chanteurs dans un milieu vraiment populaire en s'aidant souvent de nos méthodes et de notre répertoire.

Malgré ses imperfections mineures, cette journée - ensoleillée, ce qui facilite parfois bien des choses - aura apporté de l'eau à notre (petit) moulin.

Ce qui fut appelé une « Journée chorale » ne l'a pas été tout à fait, puisque, pour ne garder qu'un exemple, le concert de clôture se présentait ainsi, surprenant pour nous, au premier abord : un orchestre jouant des extraits d'opérette (et entre chaque numéro !). Les Saladins, La Pastourelle, Les ACJ et des chorales jeunes de l'endroit dans un petit programme commun ACJ (soulignons-le) et... Françoise Hardy.

Bien entendu, ce « concert choral » ne reçut pratiquement, en fait, que les « copains » de Mademoiselle Hardy !

Eh bien, notre défiance passée, c'est bien de cela que nom nous sommes réjouis, en fin de compte.

Nous avons, pour une rare fois (choquez-vous !), accompli notre vocation populaire ACJ et, qui plus est, sur un public jeune, non préparé et populaire à souhait (sens non péjoratif). C'est là aussi que nous avons rejoint les préoccupations de la tête du Mouvement: celui de l'accrochage de ces gens, lié à celui de notre attitude devant un certain répertoire moderne qui prend sa place vaille que vaille.

Car, à quoi pensez-vous que cette salle, surprise d'abord, ait fini par réagir favorablement (au point de valoir quelques nouvelles inscriptions à notre ami Willy Decamps) ? A la Belle Fille ? au Tourdion ? à Lassus ? non : tiédeur polie.

Mais les negro spirituals ! les chansons modernes harmonisées ! le RYTHME !

Je ne veux pas ici entamer le débat mis au programme du récent Congrès des chefs de chœur en France. Il apparaît cependant que nous ferions plus facilement venir à la bonne (voire difficile) musique bien des jeunes, si notre programme tenait parfois compte, un peu plus, au départ, de leurs goûts actuels. On dirait qu'il faut se résoudre à « piéger » son auditoire si l'on veut en voir une partie en venir à un rôle actif.

Je suis sûr qu'on doit aussi en parler à Bruxelles après le concert de ce 30 mai ! Et après avoir entendu P. Kaelin aussi, à Namur !

Les musiciens de Françoise eux-mêmes furent conquis. Pensez !

Justement. Et Françoise Hardy ?

Ce n'est certes pas la moins bonne de ses semblables, semble-t-il, et elle prend une orientation vers la qualité qui s'enchaînait très bien à notre travail.

Elle a été, sans le savoir, le plus gros de nos appâts (la pauvre n'est pourtant pas bien grosse...) et nous lui devons d'avoir touché un auditoire que nous n'aurions sans doute jamais vu à l'un quelconque de nos concerts.

Adamo, puis Françoise Hardy, puis ? AVEC « A Cœur Joie » ... : La formule a du bon après tout !

 

Michel PAUNET


ÉTÉ QUI CHANTE
par
César Geoffray

Nous voici, avec la fin de l'année scolaire, dans la perspective des grands jours, des jours chauds de l'été, cette période bienheureuse où tout est épanouissement.

Elle nous plaît d'autant plus que s'y insèrent nos vacances pendant lesquelles il semble que nous nous fassions différents, sans doute parce qu'il nous est possible de ramener notre être tout entier « corps et âme » à des rythmes plus naturels. La civilisation industrielle exige de chacun de nous plus que nous ne pouvons et nos « forces » diverses - tant admirables si on les compare aux autres règnes de la création - sont éprouvées sans arrêt nous usant plus vite qu'il ne conviendrait.

Mais il y a l'arrêt des vacances... Avec elles disparaissent toutes les craintes. La liberté refleurit dans la pensée nous menant aux rivages les plus merveilleux: jamais les mers ne seront assez profondes, les montagnes assez hautes, les forêts assez ténébreuses pour les ébats que nous projetons, les étreintes que nous désirons...

Parmi ceux-ci, pour beaucoup d'entre nous, qui avons eu le bonheur de découvrir un jour découlant du « jeu choral » s'offrent les divers « rassemblements» - pédagogie et festivités - où tout ce que nous souhaitons va se réaliser dans un lieu adéquat - choisi, silencieux, fonctionnel - une communauté « d'amis » - les inconnus d'hier - unira ses volontés, ses efforts autour d'une œuvre musicale, chorale, d'un enseignement particulier desquels on reviendra plus apte à poursuivre son destin dans une vie de chaque jour facilement harassante, trop souvent artificielle et factice.

Pour vous, chers A Cœur Joie de Belgique, s'offriront en juillet un stage et une semaine musicale (chorale et instrumentale) où nous nous grouperons - solistes, choristes, instrumentistes - pour construire dans les meilleures conditions de travail, le DE PROFUNDIS de Michel De Lalande, le STABAT MATER de Pergolèse sous la direction de Bob Oliveira et quelques polyphonies contemporaines avec Lucien Jean-Baptiste.

La semaine musicale aura été précédée du stage habituel de Direction Chorale où on apprend des tas d'excellentes choses concernant cette technique, d'instructeurs qualifiés et AGRÉABLE (détail plus important qu'on imagine), Lucien Jean-Baptiste, Manu Poiré et André Garreau.

Stage, du 11 au 17, Semaine Musicale, du 20 au 27 promettent aux privilégiés qui viendront s'y RECUEILLIR une grande détente - même (surtout ?) si la musique y est copieuse.

Que facilement passent donc les heures à travailler de belle musique ! On se laisse si bien prendre à son jeu - pendant lequel on découvre, on entre peu à peu, de plus en plus, on s'attache et perfectionne - que CHAQUE INSTANT est baigné de joie.

Deux choses à y ajouter: les « amis », venus là pour les mêmes raisons, de même qualité d'esprit et le PAYS... Celui-ci n'est qu'une vaste et compacte forêt Or, la « forêt », comme la « montagne » et l' « île » est le lieu de prédilection des hommes qui goûtent la solitude, qui aiment se retrancher un moment afin de revenir ensuite plus solides, plus « armés » pour les tâches communes.

La forêt de Saint-Hubert vous offrira, à un quart d'heure du Centre Culturel, le silence de ses chemins, ses chants d'oiseaux et peut-être - avec quelque chance - la vision furtive d'un troupeau de biches.

Une semaine de musique, ou de stage peuvent s'identifier à un moment de « retraite », où côtoient sans heurt le silence aux activités de la vie « ordinaire » et l'appel vibrant de la musique.

Je souhaite - personnellement - que nous nous retrouvions nombreux en juillet, pour le plaisir de la musique, de l'amitié aussi!

César GEOFFRAY.