« Viens t'en » n° 7 - octobre 1964

 

Éloge de la qualité

Il me semble que l'apanage de tout mouvement éducatif, le nôtre en particulier, est une recherche constante de qualité.

Invité à participer aux activités de divers mouvements de jeunesse et aux manifestations publiques de groupements honorablement connus, j'ai constaté trop souvent combien l'à peu près et l'improvisation mènent le jeu.

Dans la vie professionnelle, plus on s'y engage avec les ans, plus il est difficile d'y trouver le goût du travail bien fait, la recherche personnelle, le besoin de qualité.

La qualité: un état permanent, une manière d'être, un mode de vie. Une règle vis-à-vis de chaque chose, de chaque personne, de chaque action, une règle qui devient une heureuse disposition du caractère, la faculté de déceler le vrai du frelaté, de ressentir le superficiel du profond, d'oublier l'imaginaire pour le vécu.

Ce qui frappe ceux et celles qui approchent notre mouvement A CœurJoie, c'est d'abord sa cordialité, son style et sa tenue. C'est sa recherche permanente de qualité qui convainc.

Lors de notre dernier rassemblement à Liège, M. Marcel Hicter qui nous découvrait attentifs à cette recherche, définissait la culture comme la nécessité pour chacun de se surpasser sans comparaison ni forfanterie.

Comment dès lors ne pas rappeler ici l'essentiel de nos efforts pour que chaque chorale ne dépasse pas le cadre de ses capacités musicales, pour que la reconnaissance A Cœur Joie vienne à son heure, pour que nos chefs de chœur et nos choristes ne cessent de se perfectionner.

Qualité de nos répétitions, de nos concerts, de notre présentation.

Qualité de nos écrits, de nos émissions radiophoniques ou télévisées.

Qualité de notre message au travers d'une musique toujours renouvelée.

Qualité de notre sourire à Cœur Joie.

Il est d'usage à cette époque de l'année de tenir des propos de rentrée, de fixer pour chacun des objectifs. Cela me paraît acquis, pour autant, chers amis, qu'à tous vos projets que je devine nombreux, vous ajoutiez le sceau de la qualité.

André DUMONT.

 


Saint-Hubert

AU PAYS DES BICHES,
du 10 au 27 JUILLET 1964

 

Le stage (10 au 17 juillet)


Il pleuvait sur Saint-Hubert. Derrière d'épais nuages, le soleil boudait mais en peu de temps, du bruit doux de la pluie, l'amitié A Cœur Joie naissait, joyeuse, chaude, chantante et dès lors, le soleil se mit de la partie, les nuages gris s'estompèrent comme par enchantement, le 4e stage belge était lancé et rien n'arrêterait plus son élan.

Sous la gestique savoureuse et impeccable de Lucien Jean-Baptiste, sous le regard souriant et accueillant d'André Garreau et grâce à l'inépuisable travail de Manu, ce stage fut pendant toute sa « portée » une réussite, tant sur le plan musical que sur le plan de l'amitié.

Le périlleux "Chemin de Croix" de Lucien, l'adorable "Château de Monviel" et l'envoûtante "Passacaille" d'André, la fraîcheur de la "Rosette" de Manu, furent autant de Joies de se retrouver en groupe après les heures passées à solfier, à plancher, danser en salles "Menuet", "Concerto", "Ballade" et autres lieux de... délassement... !

La gentillesse et le dévouement de Renée, Martine et de Nénette, le plaisir de chanter l'Alouette sous la direction particulièrement prisée... et rythmée de « notre » abbé Pierre, la douceur tranquille et la serviabilité de Jannie, la simplicité cordiale de nos amis pianistes, la sympathie que nous témoigna le Cher Frère Directeur, tout cela contribua grandement à la réussite du stage.

Puis il y eut notre traversée houleuse à bord de « Laârbïa », le thé chaud, les olives et les corinthes, le profil grec de notre souriante Georgette, la danse du ventre de Lucien, le fringant barbu d'amiral, l'aisance toute naturelle et très "dans le style" du commandant Paul, le vin d'honneur offert si amicalement par nos invités et pour couronner le tout, la virée... la dernière escale, au bienveillant café de la Basilique où tous les membres costumés de l'équipage se retrouvèrent.

Enfin le dernier jour du stage, en plein cours, éclate un percutant « Viens chanter » pour accueillir César et Mido, toujours plus souriants et plus amicaux ! Quelle Joie de les revoir parmi nous !

Dernière veillée... au cours de laquelle nos instructeurs purent « plancher » à l'aise, complètement détendus, devant une assistance survoltée... et devant un « Calvaire » saupoudré de dièses, de bémols, de demi-soupirs et autres ani...croches.

Et le stage se termina dans une ambiance joyeuse qu'il connut dès le premier jour.

Merci aux instructeurs, merci a Renée, merci à tous les choristes. « A Cœur Joie » ne furent pas de vains mots en 1964 !



LA SESSION
(20 au 27 juillet)

Succédant au stage, il y eut la session chorale et instrumentale de Saint-Hubert sous la direction de César Geoffray, de Lucien Jean Baptiste et de Bob Oliveira. Ce rassemblement nous permit de faire la connaissance de nombreux amis venus de tous les coins de France et de Suisse, de Mimi au sourire rayonnant, immédiatement adoptée par tous... ce sourire nous venait... du Liban

Il y eut la Joie de revoir notre ami Georges en toute grande forme. Il y eut la pauvreté des ténors (en quantité mais non en qualité ! ), le renforcement en "noir" et en "profondeur" des basses, la gentillesse de Suzanne et de Ferdi, l'entrain endiablé d'Isabelle, de François et de tant d'autres, la présence souriante d'Hermine et d'Alain.

Comme œuvre à monter, César avait choisi le "De Profundis" de De Lalande pour soli, chœur mixte et orchestre, œuvre combien attachante que César nous révéla avec la maîtrise et l'enthousiasme que nous apprécions tant chez lui.

Bob, lui, préférant les: « voix célestes », avait choisi le "Stabat Mater" de Pergolèse pour soprano et alto solistes, chœur de femmes et orchestre. (On se serait cru dans l'antichambre du Paradis !).

Quant à Lucien, il nous fit connaître et apprécier les difficultés musicales dans une salade organisée de dièses, bémols, et autres soupirs, le tout pour arriver à monter la "Messe du Jubilé" de Daniel Lesur, laquelle après moultes répétitions se révéla aux choristes un bijou d'orfèvrerie musicale. Autant que la Messe, nous avons admiré le courage et la ténacité de Lucien (vis-a-vis des ténors) pour la mener à bien...

Nous avons profité pour le De Profundis et le Stabat Mater de la participation combien active et éclairée du "New Cantata Orchestra" de Londres, lequel sous la baguette de son sympathique chef, Jim Stobbart, nous régala d'un concert de musique anglaise dans la jolie petite église de St-Gilles.

Et le soir - ou plutôt la nuit - randonnée en force des gars de Valence, Georges de Kermel en tête, pour voir les biches... d'aucun en virent par quinzaine (Hum.. hum...); les moins heureux, on les retrouvait le lendemain, mélancoliques, devant une carte postale représentant une biche ou un faon.

Et pendant ce temps-là, le concert-apothéose du dimanche prenait forme. Mais le dimanche midi, à table, César nous apprend le décès du fils d'André Garreau. Consternation. Combien d'assiettes restèrent inachevées ce jour-là. Cher André, chacun s'est uni à ta peine et le De Profondis, nous l'avons chanté avec tout notre cœur.

Mais une fois le concert terminé... et pleinement réussi, ... après avoir retenu nos chants ACJ pendront 8 jours, la Joie de notre mouvement a éclaté sur la place dans un "Viens chanter" plus que vibrant. Dès lors pendant une demi-heure, les chants se sont succédés à la grande joie des auditeurs de passage et plus encore à celle des choristes.

Et pour couronner cette magnifique semaine, après un souper aux chandelles, envolée générale au Fourneau-St-Michel où se termine ce rendez-vous international de 10 jours de Joie.

M. C. - P. M.