VITRAIL DE NOËL

par
Paul Sartiaux

CHANTER est notre façon à nous, chorales A Cœur Joie, d'apporter un message de paix, d'espérance et de compréhension
dans cette fête à la fois religieuse et profane qu'est la Nativité. Aussi avons-nous pensé intéressant de faire revivre la gerbe florissante consacrée aux Noël populaires et classiques sous une forme plus élaborée que la juxtaposition habituelle de nos concerts.

Lorsque nous lisons les Évangiles, nous nous rendons compte que plusieurs scènes qui se sont passées dans l'étable de Bethléem ont fortement influencé les esprits du peuple croyant et ces événements sont depuis lors inséparables de la fête de Noël. La plupart de ceux-ci expriment admirablement le dialogue de la terre et du ciel et les accents profanes qui les marquent y sont pour ainsi dire spiritualisés.

Essayons donc de transposer en chansons les USAGES ET CROYANCES DE NOEL qui mêlent les préoccupations présentes, tant pratiques que fêtes gastronomiques, aux souvenirs lointains de la Nativité.

L'ADORATION DES BERGERS en est le thème principal, et en le disséquant nous allons y trouver le récit chronologique de la nuitée. Le réveil des bergers (J'entends un grand bruit) qui prennent la route pour se rendre à Bethléem (Ou vas-tu courant si vite) alors qu'il fait froid et sombre (Bon Dieu que l'air est froid). En suivant l'étoile (La claire étoile au ciel à lui), portons à Jésus de quoi le nourrir (El noi de la Mare), le vêtir (Faisons réjouissance). Arrivés à l'étable, ils saluent Marie, Joseph et l'Enfant et après avoir adoré, ils repartent le cœur content (Pour ne pas languir).

Le CARACTERE DRAMATIQUE des traditions de Noël se base sur le voyage de la Sainte Famille vers l'étable de Bethléem et sur le mystère même de la Nativité et d'abord le péché d'Adam (Noël nouveau est venu), le rachat du monde (Villancico), le voyage à Bethléem (Noël Normand - Noël des Hôteliers), la fuite en Égypte et le massacre des Saints-Innocents (Marie au pied de la crèche).

Enfin, d'innombrables Noëls profanes montrent le caractère terrestre du thème de la Nativité avec notre naïveté et parfois notre trivialité devant pareil événement. Bien sur l'on songe au sommeil de l'enfant Jésus (l'enfant dort, ne fait point de bruit) et à la détresse physique de nouveau né quand les bergers s'en vont aux champs) mais aussi aux préoccupations moins édifiantes du bien boire et du bien s'amuser (Bonjour Voisine, Guillo prends ton tambourin, etc.).

Un autre grand thème qui vient tout naturellement à l'esprit de la plupart d'entre nous est le CYCLE LITURGIQUE DES NOELS de l'avent à l'épiphanie.

L'AVENT est la période d'attente du Sauveur venu par la faute d'Adam (Au Saint Non) pour le rachat du monde (Noël Nouveau est venu). C'est un appel vers Dieu pour qu'il nous envoie le Christ et la promesse qu'Il nous fait d'envoyer son Fils (Voici le Saint Temps, mes frères). Suit l'annonce faite à Marie (chantons, je vous en prie, tous l'Ave Maria) et l'aube d'un jour nouveau (C'était la veille de Noël - Noël Normand).

Mais les Noëls populaires proclament avant tout la bonne nouvelle de la venue du Sauveur (Le Bel ange du ciel, les Bergerettes, J'entends un grand bruit - Bergers écoutez l'angélique musique). On chante le jour de la Noël (Il est né le divin enfant, Noël Limousin, Noël vivarais) et les bergers font fête à l'enfant nouveau-né (Noël bourguignon. Faisons réjouissance) et partent en toute hâte vers la crèche (Noël anglais. Venez mes enfants. Ronde des enfants de Cors).

L'épiphanie clôt le cycle. C'est la marche des rois vers Bethléem (Les trois rois mages, En riche convoi, s'en vinrent trois rois, Noël des Rois) et le Massacre des Saints Innocents (Marie au pied de la crèche).

L'on peut conclure par des chants qui nous incitent à penser à la place qu'occupe la Nativité et au message qu'elle nous dicte (Noël de la Paix, Noël Nouvelet, Noël Noir, L'enfant est né en Palestine, Disons à Dieu merci, Noël capital).

Une autre façon encore de concevoir un vitrail de Noël serait de présenter LES PERSONNAGES qui participèrent à la Nativité. Et d'abord la Sainte Famille : Jésus (0 divin enfançon, L'enfant dort ne fait point de bruit), Marie (Une très Sainte Vierge, Venez vite voir la Pucelle, Noël Limousin) et Joseph (Noël Roussillonnais).

L'imagerie populaire fait également tenir une grande place au bœuf et à l'âne (Entre le bœuf et l'âne gris), à l'ange annonciateur de la bonne nouvelle (Le bel ange du ciel, les Bergerettes), aux Rois Mages (Nous étions trois souverains maîtres), aux hôteliers de Bethléem (Noël Normand, Noël des Hôteliers (3 veg.), à Hérode (Marie au pied de la crèche).

De même beaucoup d'œuvres tentent de décrire le climat de la Nativité en faisant intervenir la musique (Les anges dans nos campagnes, Bergers écoutez l'angélique musique, Guillo prends ton tambourin, Cloches sur cloches, Venez mes enfants Noël bourguignon), les étoiles (La claire étoile au ciel a lui), la crèche (Noël vivarais, Qu'as-tu vu bergère), les conditions atmosphériques de cette nuit (En la saison de glace).
Enfin, un nombre impressionnant de Noëls, nous l'avons vu, parlent des croyances du peuple et décrivent avec force détails, les divers présents que ce dernier destine au Rédempteur (El noï della Mare, Faisons réjouissance, Bonjour voisine).

Un autre thème, plus facile peut être, est de faire connaissance avec les NOËLS DU MONDE. La présentation n'est toutefois pas aussi facile qu'on pourrait penser de prime abord car les harmonisations sont peu nombreuses (pour voix mixtes). Je vous propose ici de les réunir par groupes ethniques et uniquement pour l'Europe.

L'Europe anglo-saxonne nous délèguera : pour l'Angleterre : Noël anglais et La nuit passait, l'Allemagne : 0 Taunnenbaum et Petit Enfant de Dieu le fils), l'Autriche : le célèbre Stille Enfant de Dieu le fils), l'Autriche : le célèbre Stille et Noël Tyrolien.

Pour l'Europe Slave : la Russie sera représentée par le Chant de Noël, la Tchécoslovaquie par Tout Doux et C'est la nuit de la Noël, 1_a Grèce par Salut, Seigneur, la Hongrie par Doux Jésus par ta naissance, la Pologne par Trois pauvres bergers. Quant à l'Europe Latine elle nous donnera pour l'Italie, En riche convoi et La nuit où Il est né, pour l'Espagne, El noï della Mare, Cloches sur cloches, Villancico, Écoutez joyeuse nouvelle, la Roumanie par Colindas de J. Absil (v. eg.).

L'Europe Nordique sera présenté avec Pourquoi ces joyeux carillons (Danemark) et Au Rameau sans feuillage (Norvège).

Nous accorderons un chapitre spécial pour la France en ayant soin de choisir des oeuvres représentatives de ses régions naturelles : Noël Vivarais, Noël Limousin, Noël Poitevin, Guillo prends ton tambourin (Bourgogne), C'était la veille de la Noël (Ardennes), Venez mes enfants (Est de la France). San Jousé m'a dit (Provence).

Et également pour notre petit pays : Bonjour voisine (Wallonie), Écoutez digne Ernon (Liège), Gy zijt willecome et Voici que l'ange (régions flamandes).

Enfin si vous voulez vous évader jusqu'aux AMERIQUES vous choisirez et harmoniserez « Mary bas a baby » un négro spiritual fait de délicatesse et tout de tendresse.

Nous terminerons par la BIBLE DES NOELS ANCIENS en partant de « 0 solis ortu cardine » (antienne grégorienne de Noël) et en suivant le cours des siècles nous découvrirons une étonnante abondance de Noëls classiques et contemporains.
Nous retiendrons pour le 12e et 13e siècle, Entre le bœuf et l'âne gris (les avis étant toutefois partagé ici entre le 12e et le 16e siècle), pour le 14e, Le bel ange du ciel. Le 15e nous offrira les polyphonies savantes de Jehan Mouton (Noé, Noé, Noé), les populaires « Au Saint Non » et « Noël Nouvelet ».

L'Europe musicale du 16" siècle permettra des découvertes noëliques en Italie avec les Noëls de Gastoldi, en Espagne (Puer Natus est de Moralès, 0 Magnum Mysterium de Victoria), en France (Or est venu Noël son petit trac, de Certon, D'ou vient l'réjouissance (4 v. eg) de Arcadelt ; Noël, un enfant du ciel nous est né de (Du Caurroy) ; Allons gay gay Bergères de Costele. Et pour notre petite Belgique nous retiendrons Puer Natus est, d'un anonyme, Hodie Christus est, de Sweelinck.

Au 17° siècle Monteverdi, en Italie, écrit Hodie Christus est ; Praetorius, en Allemagne compose entre autre « Es ist ein ros entsprungen et En natus est Emmanuel ; Clérambault, en France, avec Hodie Christus est, fera pendant avec Nicolas Saboly (Patre di Montagne, Venez vite voir la pucelle. C'est également à cette période qu'une sonnerie donnera naissance à « Il est né le divin enfant ». Du 18e siècle il n'y a lieu de retenir que quelques Noëls passés dans le folklore : Je suis l'archange de Dieu, Les Bergerettes, Noël de la marche des Rois, Noël de la Paix.
Du 19e siècle nous ne retiendrons que le Stille Nacht de Grumber et la Vierge à la crèche de César Franck.
Mais le 20° siècle verra la renaissance de la littérature des Noëls et de très nombreux compositeurs de grande envergure chanteront admirablement la fête de la Nativité.

Francis Poulenc avec Videntes Stellam et 0 Magnum Mysterium, Georges Rigot avec Noël, Jean Absil avec Colindas, Henri Gagnebin avec Seigneur Jésus c'est ta fête, Benjamin Britten avec Ceremony of Carols op. 28 ; César Geoffray avec Noël Capital, Michel Corboz et d'autres encore comme Francine Cockenpot avec Noël Noir d'un style plus populaire.

Et maintenant libre à vous de trouver d'autres thèmes tout aussi valables et enrichissants. Je songe à « Noël et l'Évangile » l'humour dans les Noëls populaires, les Noëls en langue patoisante, les Noëls adaptés ou l'on trouve des textes de Noëls sur des chansons bachiques ou sur des oeuvres polyphoniques comme c'est le cas par exemple pour « Vous perdez temps ».
Le Centre de Documentation est à votre disposition pour vous aider et vous fournir tous les renseignements indispensables.

P. SARTIAUX