L'HIVER GLACÉ

Flandres
Harmonisation : Walter Rein
Texte français : Yves Giraud

C'est une oeuvre d'une merveilleuse délicatesse, toute en demi-teinte dans une adaptation française fort bien venue de Yves Giraud et une harmonisation de Walter Rein. Ce dernier mentionne "air néerlandais". En réalité la partition est extraite des "Horae Belgicae Pars II" sous le titre de "Die Winter is verganghen" et date des environs de l'an 1600. Je crois faire plaisir, tout spécialement à Cantecroy, en donnant le texte original:

Die winter is verganghen,
Ic sie des meien schyn,
In sie die bloemkens hanghen.
Des is myn hert verblyt.
So ver aen ghenen dale,
Daer ist genoechlic syn,
Daer singhet die nachtegale.
Also menich woutvogelkyn.
Ic wil den mei gaen houwen,
Al in dat groene gras,
Ende schenken myn boel die trouwe,
Die mi die lieveste was,
Ende bidden dat si wil comen
Al voor haer vensterken staen,
Ende ontianghen den mei met bloemen
Hi is so welghedaen.

Grosso modo, le lied flamand en particulier, néerlandais en général, s'apparente au lied germanique tant en ce qui concerne le texte que la musique. Il faut toutefois tout spécialement mentionner les "chansons de mai" parmi les genres divers qui fleurissent dans la chanson flamande et qui ont donné naissance aux pages les plus belles et les plus charmantes. L'HIVER GLACE est l'une d'elles. La mélodie est d'une élégance délicate et un modèle d'équilibre. La forme en est très simple et limitée à deux fragments A et B liés par un agencement ternaire ABA avec une courte modulation en B avant de revenir à la tonalité à la reprise A. Sa tessiture est fort restreinte puisqu'elle n'utilise qu'une octave au maximum. Malgré cela, la pâte musicale est riche, d'un lyrisme sous-jacent, d'une expression bien adéquate au texte et il sera chanté avec franchise mais sans exagération dans les nuances.

L'harmonisation de Walter Rein, musicien allemand bien au courant des problèmes vocaux, apporte à l'oreille le charme étrange et profond contenu dans le thème mélodique.

Paul Sartiaux
1968